Fritz Panzer à la galerie Alberta Pane

Des objets du quotidien, vidés de toute substance, réduits à une ligne pure, à l’idée même de l’objet. Des dessins tissus dans l’air, s’effilant.

Fritz Panzer, Double, galerie Alberta Pane, 14 rue Saint-Claude, Paris 3e jusqu’au 13 octobre 2012

Gabriel Orozco chez Chantal Crousel

Les Roiseaux de Gabriel Orozco ce sont des créatures hybrides : espèce rare de mobiles moitié rameau moitié oiseau. Une forêt de plumes en mouvement, silencieuse.

Gabriel Orozco, Panta Rhei, Galerie Chantal Crousel, 10 rue Charlot, Paris 3e jusqu’au 20 Octobre 2012

Monumenta 2012. Excentrique(s), travail in situ de Daniel Buren

La nef monumentale du Grand Palais transformée par Daniel Buren est une plongée dans la couleur, on dirait la partie submergée des Nymphéas de Monet : l’air est saturée de couleurs. La lumière est filtrée par des sortes de pergolas circulaires en plexiglas transparent, bleues, jaunes, oranges et vertes. De diverse taille, de diverse hauteur. Sorte de peinture aérienne dans laquelle l’air est le médium où la couleur se dissout et les gens le support en mouvement : ils portent la couleur, changeante au cours de cette promenade à travers une forêt de pilotis bi-colores noir et blanc. Plus en haut, la coupole aussi est colorée, avec des sections alternant transparent et bleu. Sous la coupole centrale, il y a comme une clairière, ouverte. Au sol il y a des miroirs, circulaires, dans lesquels les gens peuvent se refléter tout en regardant la coupole et, au-delà, le ciel. Du haut des escaliers, les cercles de plexiglas brillent comme des étangs. Daniel Buren construit une expérience totalement sensorielle, un environnement où le public se promène, les enfants jouent. Il a crée un espace public pour le public, dans cette serre monumentale.

La navata monumentale del Grand Palais trasformata da Daniel Buren è un’immersione nel colore, diresti la parte sommersa delle Nymphéas di Monet: l’aria è satura di colori. La luce è filtrata attraverso delle specie di pergole circolari in plexiglas trasparente, arancioni, blu, gialle e verdi. Di diverse misure, di diversa altezza. Specie di pittura aerea nella quale l’aria è il medium in cui il colore si dissolve e la gente il supporto in movimento: portano il colore, cangiante nel corso di questa passeggiata attraverso una foresta di pali bicolori neri e bianchi. Più in alto, anche la cupola è colorata, con delle sezioni che alternano blu e trasparente. Sotto la cupola centrale, c’è come una radura, aperta. Al suolo ci sono degli specchi, nei quali la gente si può riflettere, guardando al tempo stesso la cupola e, più in là, il cielo. Dall’alto delle scale, i cerchi di plexiglas brillano come stagni. Daniel Buren costruisce un’esperienza totalmente sensoriale, un ambiente in cui il pubblico passeggia, i bambini giocano. Ha creato uno spazio pubblico per il pubblico, in questa serra monumentale.

Daniel Buren, Excentrique(s), travail in situ, Monumenta 2012, Grand Palais, Paris 8e, jusqu’au 21 juin 2012

La Meute au Palais de Tokyo

C’était le 12 avril dernier, vers onze heures du soir, à la soirée de l’ouverture, ou bien de l’(Entre)Ouverture du Palais de Tokyo, dans la cohue des amateurs et des curieux circulant dans les nouveaux et anciens espaces, se confondant parmi les installations et les performances. En descendant les escaliers principaux, je me suis trouvée bloquée par l’avancée inattendue d’une meute de corps nus teints en violet, qui rampaient sur les escaliers, les uns sur les autres, se mêlant, s’enlaçant, s’entremêlant, les uns aux autres, les uns sur les autres, comme si c’était un seul être. Les corps avançaient, lentement, montaient les escaliers. Une cohue de curieux les suivaient, les photographiaient. Les gens au passage se collaient aux murs, se retiraient, essayaient de ne pas se faire effleurer, pris entre attraction et répulsion envers cette meute, cette créature, être irrationnel, presque animal, séduisante et menaçante à la fois.

Era il 12 aprile scorso, verso le undici di sera, alla serata d’ouverture, o piuttosto dell’(Entre)Ouverture del Palais de Tokyo, nella folla di amatori e curiosi che circolavano nei nuovi e vecchi spazi, confondendosi tra le installazioni e le performances. Scendendo le scale principali, mi sono trovata bloccata dall’avanzata di une meute (« muta ») di corpi nudi dipinti di viola, che strisciavano sulle scale, gli uni sugli altri, mescolandosi, intrecciandosi, gli uni agli altri, gli uni sugli altri, come se fosse un solo essere. I corpi avanzavano, lentamente, salivano le scale. Una folla di curiosi li seguiva, li fotografava. La gente che si trovava sul passaggio si appiccicava alle pareti, si ritirava, cercava di non farsi sfiorare, presa tra attrazione e repulsione verso questa meute, questa creatura, essere irrazionale, animale quasi, seducente e minacciosa al tempo stesso.

Le Corps Collectif, La Meute, Palais de Tokyo, Paris 16e, le 12 avril 2012

Was ist Aura?

« Cos’è l’aura? » Il testo di Benjamin, con la sua microscopica calligrafia, è tracciato su un foglio di carta intestata della San Pellegrino. È un contrasto straniante, apparentemente inconciliabile: il supporto fa attrito col pensiero. Al tempo stesso, questo supporto d’emergenza, testimonia proprio l’urgenza del pensiero. Ed è tuttavia un incidente fruttuoso, uno scontro che carica di nuovi e imprevisti significati la domanda. Cos’è l’aura? È un incontro imprevisto, una scintilla.

« Qu’est-ce que l’aura? » Le texte de Benjamin, à la calligraphie microscopique, est tracé sur une feuille de papier à lettre de l’eau San Pellegrino. C’est un contraste étrange, apparemment non conciliable : le support se frotte avec la pensée. En même temps, ce support d’urgence, il témoigne exactement de la nécessité de cette pensée. Et il s’agit toutefois d’un accident fructueux qui charge la question de nouvelles significations imprévues. Qu’est ce que l’aura? C’est une rencontre imprévue, une étincelle.

Walter Benjamin. Archives : Images, textes et signes, édité par les Archives Walter Benjamin, Klincksieck, 2011 (cat. expo Musée d’art et d’histoire du Judaïsme)

Luciana Lamothe, Crache !

De la poussière de ciment est éparse sur le sol de la galerie : l’artiste y exhorte le visiteur à cracher. Des photos sont accrochées, où un filet de salive entre pouce et index de la main est utilisé comme moyen pour mesurer, de loin, la hauteur des personnes se promenant. Du sous-sol une voix s’élève, qu’on peut entendre aussi dans la rue, elle résonne métallique, elle est comme un étrange rappel, une présence indéchiffrable, inconfortable. Le crachat est un élément inconfortable, considéré majoritairement comme « vilain », il n’aurait pas sa place « naturelle » dans une galerie d’art. Luciana Lamothe le remet au centre de la création, le crachat en tant que acte fondateur de la création – un lointain écho biblique, le crachat divin à l’origine de l’homme  – et pourrait ici transformer la poussière, inerte sur le sol, en bitume, matière vivante à façonner.

Della polvere di cemento è sparsa sul pavimento della galleria: l’artista vi esorta il visitatore a sputare (crache!). Delle fotografie sono appese al muro, in cui un filo di saliva steso tra il pollice e l’indice di una mano viene usato per misurare, da lontano, la statura delle persone che camminano. Dal piano inferiore, sottoterra, una voce si alza, la si può sentire anche nella strada, ha un suono metallico, è come uno strano richiamo, una presenza indecifrabile, scomoda. Lo sputo è un elemento scomodo, considerato « sgradevole » per la maggiore, per il quale una galleria d’arte non sarebbe il posto « naturale ». Luciana Lamothe lo rimette al centro della creazione, lo sputo come atto fondatore della creazione – un lontano eco biblico, lo sputo divino all’origine dell’uomo – potrebbe trasformare qui la polvere, inerte sul pavimento, in bitume, materia viva da modellare.

Luciana Lamothe, Crache !, Galerie Alberta Pane, 14 rue Saint-Claude, Paris 3e