Hier soir, une immersion dans le sacré : Barça vs Manchester dans un bar de quartier. Le foot, beaucoup de bière, beaucoup de mecs, des cris, de l’exaltation, la simplicité cristalline de la foi (pour ou contre, faute, oui ou non, but, hors jeu, c’est fini, evviva). Toutes contraintes et toutes règles de l’être en société, la pudique falsité nécessaire ainsi que la pensée quasiment annulés. On jouit, on tombe dans une prostration sans fin. Ite missa est. Heureusement que j’étais pour le Barça.
Ieri sera, un’immersione nel sacro: Barça vs Manchester in un bar di quartiere. Del calcio, molta birra, molti uomini, delle urla, dell’esaltazione, la semplicità cristallina della fede (pro o contro, fallo, sì o no, gol, è finita, evviva). Ogni obbligazione e regola dello stare in società, la pudica falsità necessaria, così come il pensiero, praticamente annullati. Si gioisce, si cade in una prostrazione senza fine. Ite missa est. Fortuna che tifavo Barça.
Los abrazos rotos (Étreintes brisées), de Pedro Almodovar, Espagne, 2009 (2h07) avec Penelope Cruz, Lluis Homar, Blanca Portillo
Gli abbracci spezzati. Un film denso che parla con sensibilità di passioni travolgenti, di opposti e coincidenti sentimenti che Almodovar sovrappone nella loro espressione più estrema: amore e odio come vita e morte. Gli abbracci spezzati come la fotografia strappata di due amanti, immagine viva di un amore infranto. Come i corpi dei due amanti ritrovati abbracciati a Pompei nella sequenza di Viaggio in Italia di Roberto Rossellini del 1954 citata nel film. Sorpresi dalla furia del vulcano, uniti per sempre nella morte. Un film denso di riferimenti e livelli di lettura, citazioni aperte ai classici della filmografia, da Rossellini a Notorious di Hitchcock a Otto e mezzo di Fellini. E un’autocitazione in puro stile Almodovar, lavoro d’introspezione su se stesso e la propria opera di regista, un film nel film remake di Donne sull’orlo di una crisi di nervi.
Il film traccia una riflessione sul mestiere di regista vista dal buio della cecità, il più terribile dei destini per chi vive del flusso di immagini, ispirazione e nutrimento. Cosa resta del film oltre il suo essere immagini in movimento? Cosa resta del regista privato del suo occhio? Il cammino verso l’accomplimento della propria opera si afferma come necessaria urgenza. Segue percorsi tortuosi, senza guida possibile, nemmeno i propri occhi, solo l’istinto. Fare film, comunque, anche brancolando nel buio, anche « alla cieca » come suggella il protagonista nel finale.
Étreintes brisées. Un film dense qui parle avec sensibilité de passions irrésistibles, de sentiments opposés et coïncidents qu’Almodovar superpose dans leur expression la plus extrême: l’amour et la haine comme la vie et la mort. Étreintes brisées comme la photographie déchirée de deux amants, vive image d’un amour en éclats. Comme les corps des deux amants retrouvés enlacés à Pompéi dans la séquence de Voyage en Italie de Rossellini de l’année 1954, citée dans le film. Surpris par la furie du vulcain, unis dans la mort pour toujours. Un film dense de références et de niveaux de lecture, citations ouvertes aux classiques de la filmographie, de Rossellini à Notorious de Hitchcock à Huit et demi de Fellini. Et une autocitation en pur style Almodovar, un travail d’introspection sur soi-même et son propre œuvre de réalisateur, un film dans le film remake de Femmes au bord de la crise de nerfs.
Le film trace une réflexion autour du métier de réalisateur, vue de l’obscurité de la cécité, le plus terrible des destins pour celui qui vit dans le flux des images, inspiration et nourriture essentielle. Que reste-t-il du film au-delà de son être « images en mouvement »? Que reste-t-il d’un réalisateur aveugle? Le chemin vers l’accomplissement de son propre œuvre s’impose comme une urgence vitale. Il suit des parcours tortueux, sans guide possible, sans même ses propres yeux, l’instinct seul. Faire le film, malgré tout, même à tâtons dans le noir, même « à l’aveuglette » comme scellé par le protagoniste à la fin du film.
Le chat. Le chat du voisin au style hype branché dans sa terrasse style Eden urbain. Gros, poilu, insouciant, snob. Il me regarde. Je le photographie. Il me regarde encore. Sans beaucoup d’intérêt, d’ailleurs. Il se promène, lourd, tranquille, lent. Un pas après l’autre, sans hâte. Il s’arrête. Il me regarde, à nouveau. Il baille. Achevé le tour de la terrasse, il rentre. Tranquillement. Le conte du chat branché.
Il gatto. Il gatto del vicino dallo stile hype trendy nella sua terrazza stil Eden urbano. Grosso, peloso, spensierato, snob. Mi guarda. Lo fotografo. Mi guarda ancora. Con scarso interesse, d’altronde. Passeggia, pesante, tranquillo, lento. Un passo dopo l’altro, senza fretta. Si ferma. Mi guarda, di nuovo. Sbadiglia. Completato il giro della terrazza, rientra, tranquillamente. Le conte du chat branché.
Kandinsky, autour de 1909. Les toiles se constituent comme une arène où les couleurs s’entrechoquent. La création émerge de la lutte contre le chaos. Les peintures sont des compositions musicales où l’ensemble harmonique se brise et donne naissance à un nouveau principe d’harmonie fondé sur la dissonance. Kandinsky comme Schönberg : peinture comme musique et musique comme peinture. Dans le Tableau avec archer, un chevalier fait irruption dans la toile entre des montagnes de couleurs. Il semble d’assister à la vision kaléidoscopique d’une lanterne magique, comme Proust enfant en contemplation des formes multicolores qui tracent la légende de Geneviève de Brabant tout autour de sa chambre.
Kandinsky, attorno al 1909. Le tele si costituiscono come un’arena in cui i colori si affrontano tra loro. La creazione emerge dalla lotta contro il caos. Le pitture sono composizioni musicali in cui l’insieme armonico si frantuma per far nascere un nuovo principio d’armonia fondato sulla dissonanza. Kandinsky come Schönberg: pittura come musica e musica come pittura. Nel Quadro con l’arciere, un cavaliere irrompe nella tela fra montagne di colori. Sembra di assistere alla visione caleidoscopica di una lanterna magica, come Proust bambino in contemplazione delle forme multicolori che tracciano la leggenda di Geneviève di Brabante tutt’intorno alla sua stanza.
» À Combray, tous les jours dès la fin de l’après-midi, longtemps avant le moment où il faudrait me mettre au lit et rester, sans dormir, loin de ma mère et de ma grand’mère, ma chambre à coucher redevenait le point fixe et douloureux de mes préoccupations. On avait bien inventé, pour me distraire les soirs où on me trouvait l’air trop malheureux, de me donner une lanterne magique dont, en attendant l’heure du dîner, on coiffait ma lampe ; et, à l’instar des premiers architectes et maîtres verriers de l’âge gothique, elle substituait à l’opacité des murs d’impalpables irisations, de surnaturelles apparitions multicolores, où des légendes étaient dépeintes comme dans un vitrail vacillant et momentané. (…)
Au pas saccadé de son cheval, Golo, plein d’un affreux dessein, sortait de la petite forêt triangulaire qui veloutait d’un vert sombre la peinte d’une colline, et s’avançait en tressautant vers le château de la pauvre Geneviève de Brabant. Ce château était coupé selon une ligne courbe qui n’était autre que la limite d’un des ovales de verre ménagés dans le châssis qu’on glissait entre les coulisses de la lanterne. Ce n’était qu’un pan de château, et il avait devant lui une lande où rêvait Geneviève, qui portait une ceinture bleue. Le château et la lande étaient jaunes, et je n’avais pas attendu de les voir pour connaître leur couleur, car, avant les verres du châssis, la sonorité mordorée du nom de Brabant me l’avait montrée avec évidence. Golo s’arrêtait un instant pour écouter avec tristesse le boniment lu à haute voix par ma grand’tante, et qu’il avait l’air de comprendre parfaitement, conformant son attitude, avec une docilité qui n’excluait pas une certaine majesté, aux indications du texte ; puis il s’éloignait du même pas saccadé. Et rien ne pouvait arrêter sa lente chevauchée. Si on bougeait la lanterne, je distinguais le cheval de Golo qui continuait à s’avancer sur les rideaux de la fenêtre, se bombant de leurs plis, descendant dans leurs fentes. Le corps de Golo lui-même, d’une essence aussi surnaturelle que celui de sa monture, s’arrangeait de tout obstacle matériel, de tout objet gênant qu’il rencontrait en le prenant comme ossature et en se le rendant intérieur, fût-ce le bouton de la porte sur lequel s’adaptait aussitôt et surnageait invinciblement sa robe rouge ou sa figure pâle toujours aussi noble et aussi mélancolique, mais qui ne laissait paraître aucun trouble de cette transvertébration. «
Marcel Proust, Du côté de chez Swann, 1919, pp. 12-13
John Cage. Performance : musique cérébrale
Kandinsky, Centre Pompidou, Paris 4ème du 8 avril au 10 août 2009
Still Walking, un filmde Kore-Eda Hirokazu, Japon, 2009 (1h55) avec Hiroshi Abe, Yoshio Harada, Kirin Kiki…
“I ravanelli bianchi sono fantastici!”. Una conversazione tra madre e figlia apre il film, facendoci subito immergere nella calda intimità di una famiglia che si ritrova per onorare l’occorrenza della tragica morte del figlio maggiore. In una cucina in piena estate, in cui si mescolano suoni cha sanno di casa, colori di verdure e pesci di cui si può persino sentire l’odore. Cucinare come se fosse una danza di cui la madre è il coreografo. I gesti sono rituali ormai consolidati, esperti ed antichi che vengono ripetuti ad ogni occasione. Il modo giusto di sgranare il mais ed il piacere ogni volta rinnovato di vederlo friggere, sentirne il crepitio e provare uno stupore sempre nuovo nel vederlo saltare, farsi prendere sempre e ancora di sorpresa. Una preparazione durante la quale, come in un rituale sacro, ogni gesto è accompagnato da parole, aneddoti, anch’essi ripetuti ogni anno. Aneddoti compiacenti che già si allontanano dalla realtà per diventare ricordi, ormai rimodellati dal tempo e dai sentimenti. I ricordi sono più forti del presente e il dolore divide definitivamente. Le cose non dette. La famiglia come un microcosmo in cui la comunicazione è fatta di gesti e consuetudini, senza nessuno spazio per le parole. Ognuno rinchiuso nel proprio ruolo, prigioniero, incapace di fare un passo oltre, per spiegarsi, per mostrarsi veramente all’altro. La conoscenza dell’altro è costruita da un insieme di pregiudizi, d’occasioni mancate, di desideri riposti e delusi. Il dolore e le piccole meschinerie, crudeltà inflitte alle persone più care che sono anche le più estranee, incapaci di vedere realmente, accecate da speranze disattese. Le occasioni di ritrovo vengono brandite come uno strumento deliberato di tortura, per alimentare con crudele voluttà i rancori. I giudizi implacabili che nemmeno l’amore può superare. Still walking, malgrado tutto.
« Les radis blancs, c’est génial ! ». Une conversation entre mère et fille ouvre le film, en nous faisant toute suite plonger dans la chaleur intime d’une famille qui se retrouve pour honorer l’anniversaire de la mort tragique du fils aîné. Dans une cuisine en plein été où des sons familiers se mélangent aux couleurs des légumes et des poissons dont on peut sentir l’odeur. Cuisiner comme si c’était une danse dont la mère est le chorégraphe. Les gestes, ce sont des rituels désormais consolidés, experts, ils viennent de loin et se répètent à chaque occasion. La façon correcte d’écosser le maïs et le plaisir à chaque fois renouvelé de le voir frire, l’entendre crépiter et se faire encore surprendre avec étonnement à le voir sauter. Une préparation durant laquelle, comme dans un rituel sacré, chaque geste est accompagné par des paroles, des anecdotes, eux aussi répétés chaque année. Des anecdotes complaisants déjà éloignées de la réalité pour devenir souvenirs, savamment remodelés par le temps et les sentiments. Les souvenirs sont plus forts que le présent et la douleur divise définitivement. Les choses non dites. La famille comme un microcosme où la communication est faite par des gestes et des habitudes, sans aucun espace pour les mots. Chacun enfermé dans son propre rôle, prisonnier, incapable de faire un pas au-delà, de s’expliquer et de se montrer vraiment à l’autre. La connaissance de l’autre est construite sur un ensemble de préjugés, d’occasions ratées, de désirs placés et déçus. La douleur et les petites mesquineries, les cruautés infligées aux personnes les plus chères qui sont en même temps les plus étrangères, incapables de voir réellement, aveuglées par leurs espoirs brisés. Les occasions de retrouvailles utilisées comme un instrument délibéré de torture afin d’alimenterles rancœurs, avec une cruelle volupté. Les jugements implacables que même pas l’amour ne peut franchir. Still walking, malgré tout.
Un chien andalou, un film de Luis Bunuel, scénario Luis Bunuel et Salvador Dali, Espagne,1929
Spellbound (La maison du Docteur Edwardes), un film de Alfred Hitchcock, États-Unis, 1945 (séquence du rêve dessinée par Salvador Dali)
Occhi, occhi ma per non vedere, una nuvola rasoio su questa vista, sulle immagini che si accavvallano impazzite. L’imperatore, le ancelle vergini date in pasto al drago-imperatore, nani ministro, mignottocrazia, l’imperatrice sovversiva esposta al pubblico ludibrio prima pagina seno nudo, l’imperatore nudo in lifting-tacchi-abbronzatura-toupet, i deputati giullari unghie e denti affilati difendono il loro sacro imperatore, le ministro zinne e sorrisi, deputate veline senza veli. Il pubblico anestetizzato. È il Satyricon, è un film di Fellini. No, è un incubo, è un delirio onirico disegnato da Dali. È un film di Hitchcock. È il più sur-realista dei reality show. Voglio svegliarmi.
Des yeux, des yeux mais pour ne pas voir, un nuage rasoir sur cette vue, sur les images qui se chevauchent. L’empereur, les vierges sacrifiées au dragon-empereur, les ministres nains, mignottocrazia, l’emperatrice subversive exposée en première page les seins nus, l’empereur nu en lifting-talons-bronzage-postiche sur la tête, les députés bouffons ongles et dents tranchants en défense de leur empereur sacré, les ministres nichons et sourires, les députées veline sans voiles. Le public anesthésié. C’est le Satyricon, c’est un film de Fellini. Non, c’est un cauchemar, un délire onyrique dessiné par Dali. C’est un film d’Hitchcock. C’est le plus sur-réaliste des reality shows. Je veux me reveiller.
commenti