éPHéMères

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ÉPHÉMÈRE
F. M. R.
(folie-mort-rêverie)
Les faits, m’errent
LES FAIX, MÈRES
Fernande aime Robert
pour la vie !
ÉPHÈMÈRe
ÉPHÉMÈRES

Louis Aragon, Le paysan de Paris, 1926

« Car c’est aujourd’hui seulement que la pioche les menace, qu’ils (les passages) sont effectivement devenus les sanctuaires d’un culte de l’éphémère, qu’ils sont devenus le paysage fantomatique des plaisirs et des professions maudites, incompréhensibles hier et que demain ne connaîtra jamais. » (Louis Aragon, Le paysan de Paris, 1926 cité par Walter Benjamin dans Le livre des passages).

Royaume de la flâneuse, les passages. La rue sensuelle du commerce, construite exclusivement afin de réveiller le désir (Walter Benjamin). Un lieu qui exerce sur moi une fascination particulière. Mélange de rêverie, signe, mémoire du Paris du XIXe siècle, la capitale déchue, lieu de l’ambigu et de la surprise. Très Dada, les passages. Le surréalisme est né dans un passage. Sur une chose Aragon se trompait, l’éphémère n’est pas disparu et est devenu le signe même, le culte de notre époque. Les passages qui ont survécu restent les sanctuaires de l’éphémère. Au Passage du Grand Cerf, le passage est devenu berceau et vitrine du design et de la communication, l’éphémère par excellence, création immaterielle au pouvoir.

Regno della flâneuse, i passages. Strada sensuale del commercio, fatta solo per risvegliare il desiderio (Walter Benjamin). Un luogo che esercita su di me un fascino particolare. Un misto di rêverie, di segno, memoria della Parigi del XIX secolo, la capitale caduta, luogo dell’ambiguo e della sorpresa. Molto Dada, i passages. Il surrealismo è nato in un passage. Su di una cosa Aragon si sbagliava, l’effimero non è scomparso ed è diventato il segno stesso, il culto della nostra epoca. Ed i passages che sono sopravvissuti continuano ad essere i santuari dell’effimero. Al Passage du Grand Cerf, il passage è diventato culla e vetrina del design e della comunicazione, l’effimero per eccellenza, creazione immateriale al potere.

[I passages di Parigi sono dei "corridoi ricoperti di vetro e dalle pareti rivestite di marmo, che attraversano interi caseggiati, i cui proprietari si sono uniti per queste speculazioni. Sui due lati di questi corridoi, che ricevono luce dall'alto, si succedono i più eleganti negozi, sicché un passage del genere è una città, un mondo in miniatura, nel quale chi ha voglia di fare acquisti può trovare tutto ciò di cui ha bisogno. Durante i rovesci di pioggia improvvisi, i passages diventano il rifugio di tutti i passanti colti di sorpresa, e consentono una passeggiata sicura, benché circoscritta, da cui traggono profitto anche i commercianti" (dalla Guida illustrata di Parigi del 1852 citata in Walter Benjamin, I "passages" di Parigi, ed. it. 2000).]

Emperor Of The World

The Great Dictator, un film de Charlie Chaplin, États-Unis, 1940

Ricado su terra, attratta dalle bieche vicende umane, a causa della mia insaziabile vena osservatrice. Il mio sismografo personale accoglie le vibrazioni della società e me le restituisce arricchite dall’immaginazione e da una certa vena drammatica che mi contraddistingue, imbastite in scenari di apocalissi a venire. In quel mio paese originario d’oltralpe, che sempre più assomiglia ad un sur-reality show di serie B, in questo clima da basso impero sono ossessionata dallo spettacolo dei deliri d’onnipotenza e dell’umana sete di potere. Nella mia mente si succedono da un mese e senza fine delle scene felliniane di vizio e decadenza che hanno però perso a poco a poco il fascino onirico per assomigliare sempre più ad un dramma psicologico francese in bianco e nero. Nel genere Godard di Rogopag (Le Nouveau Monde, 1963): svegliarsi e scoprire che Parigi è stata svuotata e come in stand-by da un’esplosione atomica. Nello scenario catastrofico che la mia fervida fantasia aveva montato, un fine settimana elettorale sarebbe bastato a sconquassare definitivamente il mondo in cui sono nata. Quel mondo che già non riconosco più, violentato, umiliato, sarebbe stato votato a scomparire per sempre. Questa mattina mi sarei svegliata in un silenzio spettrale e avrei assistito impotente all’avvento della mediocrità incontrastata al potere, come prigioniera del mondopallone di Chaplin, sbattuta di qua e di là, in balia dei cupidi desideri e dalla vanità del neo-plebiscitato Imperatore del mondo e della sua corte infame. La mia fantasia apocalittica esagera. Il mio sismografo personale vibra esageratamente, ingigantisce, distorce i segnali della realtà. Mi compiaccio nel catastrofismo. Così non è stato. Ci è mancato poco. Non siamo del tutto salvi. C’è una vaga speranza, però, un lumicino nel fondo del tunnel. E nonostante la mia immaginazione ancora non riesco a capacitarmi, ancora riesco a stupirmi della mancanza totale di immaginazione nel pubblico pagante anestetizzato e cieco, che continua ad applaudire soddisfatto lo spettacolo della mediocrità.

Je retombe sur terre, attirée par les piètres histoires humaines, à cause de mon insatiable veine observatrice. Mon sismographe personnel accueille les vibrations de la société et me les rend enrichies par l’imagination et une certaine veine dramatique qui me caractérisent, montées dans des scénarios d’apocalypse à venir. Dans ce pays d’outre-alpes, qui est mon pays d’origine et qui ressemble toujours plus à un sur-reality show de série Z, dans ce climat de bas empire, je suis obsédée par le spectacle des délires de toute-puissance et de l’humaine soif de pouvoir. Dans ma tête des scènes felliniennes de vice et décadence se succèdent depuis un mois et sans cesse, des images qui ont peu à peu perdu leur fascination onirique et ressemblent toujours plus à un drame psychologique français en noir et blanc. Dans le genre Godard de Rogopag (Le Nouveau Monde, 1963) : se réveiller et découvrir un Paris anéanti par l’explosion atomique. Dans le scénario catastrophique que ma fantaisie débordante avait monté, un fin de semaine électoral aurait suffi à bouleverser définitivement le monde où je suis née. Ce monde que je ne reconnais déjà plus, violé, humilié, aurait été destiné à disparaître pour toujours. Ce matin, je me serais réveillée dans un silence spectral et j’aurais assisté impuissante à l’arrivée de la médiocrité au pouvoir, comme une prisonnière du monde-ballon de Chaplin, bousculée, en proie aux désirs cupides et à la vanité du néo-plébiscité Empereur du monde et de sa cour infâme. Ma fantaisie apocalyptique exagère. Mon sismographe personnel vibre de façon exagérée, agrandit, déforme les signaux de la réalité. Je me plais dans le catastrophisme. Ainsi n’a pas été. On y est passé de très prés. Nous ne sommes pas complètement sauvés. Mais il y a un vague espoir, une petite lumière au fond du tunnel. Et, malgré mon imagination, je n’arrive pas encore à comprendre, j’arrive encore à m’étonner du manque total d’imagination du public payant anesthésié et aveugle, qui continue à applaudir, satisfait, le spectacle de la médiocrité.

I’ll Be Your Mirror

Marina Abramovic, Art must be beautiful… Artist must be beautiful…, 1975 (extrait)

« Les femmes ont pendant des siècles servi aux hommes de miroirs, elles possédaient le pouvoir magique et délicieux de réfléchir une image de l’homme deux fois plus grande que nature. Sans ce pouvoir la terre serait probablement encore marécage et jungle. Les gloires de nos guerres seraient inconnues. Nous en serions encore à graver sur des os de moutons de maladroites silhouettes de cerfs et à troquer des morceaux de silex contre des peaux de brebis ou contre quelque ornement simple qui satisferait notre goût encore vierge. Les surhommes et les Doigts du Destin n’auraient jamais porté de couronnes, ou ne les auraient jamais perdues. »

Virginia Woolf, Une chambre à soi, 1929

Nouvel accrochage temporaire des collections permanentes du Centre Pompidou, cette fois-ci sous le signe du féminin. Protagonistes, les femmes artistes. L’exposition restitue toute la complexité de l’être femme et artiste en équilibre précaire entre la revendication de son propre rôle dans la société et dans l’art et une tension plus universelle, la participation à la construction d’une vision plus ample d’une pensée sur le monde. Un hommage légitime, juste, dû. Des confirmations, des découvertes, beaucoup de matériel (voir le site dédié à l’expo). Et un constat. Cette manifestation se constitue comme un territoire neutre, une oasis dans l’histoire de l’art et dans l’art tout court, un cadre où les femmes sont finalement au centre. Elle rappelle vaguement une sorte de zone protégée, de réserve éphémère dédiée à la protection et à l’observation d’une espèce rare. Une réserve éphémère au caractère manifestement exceptionnel et transitoire. Elles vs eux?

Nuovo accrochage temporaneo delle collezioni permanenti del Centre Pompidou, questa volta nel segno del femminile. Protagoniste, le donne artista. La mostra restituisce tutta la complessità dell’essere donna e artista in equilibrio precario tra la rivendicazione del proprio ruolo nella sociétà e nell’arte e una tensione più universale, la partecipazione alla costruzione d’una visione più ampia d’un pensiero sul mondo. Un omaggio legittimo, giusto, dovuto. Delle conferme, delle scoperte, molto materiale (vedi il sito dedicato alla mostra). E una constatazione. Questa manifestazione si costituisce come un territorio neutro, un’oasi nella storia dell’arte e nell’arte tout court, una zona in cui le donne sono finalmente al centro. Ricorda vagamente una sorta di area protetta o di effimera riserva dedicata alla protezione e all’osservazione d’una specie rara. Una riserva effimera, di carattere chiaramente eccezionale e transitorio. Elle contro loro?

elles@centrepompidou, Centre Pompidou, Paris 4ème

Ménade urbaine dans le bois

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Il y a un moment précis, quand on vit à Paris, où, très simplement, on en peut plus. Des voitures, des rues, du gris ambiant, des grands boulevards contre-révolutionnaires haussmanniens, du bruit et de cette vue toujours coupée par des pans de mur et de bâtiments. Et des parisiens. On prend le vélo, on monte avec sur un train quelconque en direction d’espaces verts et de petits villages et on se laisse transporter. On laisse la veine bucolique s’écouler librement dans les veines. On oublie la foi urbaine et l’urban style. On met un chapeau de paille, de grandes lunettes de soleil, des pantalons amples et on respire à pleins poumons la liberté retrouvée. La soif de vert, d’une vue qui se perd sur l’horizon des champs et des petites merveilles à découvrir. Loin des hommes. Dans la nature.

Arrêt, gare de Chantilly. Chantilly-Senlis. Senlis-Chantilly, en vélo. À travers les forêts envoutantes, des campagnes, en traversant des hameaux désertés dans les jours de fête. Oublier tout cynisme métropolitain pour plonger dans le miel sucré d’un romantisme pop et s’attendrir dans les couleurs, chanter une ode au rouge d’une fleur, à la beauté d’une gargouille qui se lève vers le ciel, aux coquelicots dans un champ de grain. À la solitude d’une vieille Renault 4. Un sandwich, une promenade dans les rues étroites du village.

C’é un momento preciso, quando si vive a Parigi, in cui, molto semplicemente, non se ne può più. Delle macchine, delle strade, del grigio ambiente, dei grandi boulevard contro-rivoluzionari haussmanniani, del rumore e di questa vista sempre tagliata da dei pezzi di muro e dagli edifici. E dei parigini. Si prende la bici, si monta con la bici in un treno qualsiasi, in direzione di spazi verdi e di piccoli villaggi e ci si lascia trasportare. Si lascia scorrere liberamente la vena bucolica nelle vene. Si dimentica la fede urbana e l’urban style. Ci si mette un cappello di paglia, dei grandi occhiali da sole, dei pantaloni ampi e si respira a pieni polmoni la libertà ritrovata. La sete di verde, di una vista che si perde sull’orizzonte dei campi e delle piccole meraviglie da scoprire. Lontano dagli uomini. Nella natura.

Fermata, stazione di Chantilly. Chantilly-Senlis. Senlis-Chantilly, in bici. Attraverso dei boschi, delle campagne, passando per i paesini deserti nei giorni di festa. Dimenticare ogni cinismo metropolitano per immergersi nel miele zuccherato di un romanticismo pop, intenerirsi nei colori, cantare un’ode al rosso di un fiore, alla bellezza d’un gargouille che si leva verso il cielo, ai papaveri tra le spighe di grano. Alla solitudine di una vecchia Renault 4. Un panino, una passeggiata per le vie strette del villaggio.

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Reprendre la route, la rue du Calvaire qui nous mène à Chantilly. La gare, le train. Et Paris, jungle urbaine, à nouveau, après la trêve verte. Le pavé, le goudron, le béton, le gris et les parisiens. Une image dans la tête, la vidéo Ever Is Over All par Pipilotti Rist : une ménade urbaine qui brise, d’une grâce légère, les vitres des voitures avec une fleur (thyrse).

Riprendere la strada, la rue du Calvaire che ci riporta verso Chantilly. La stazione, il treno. E Parigi, giungla urbana, di nuovo, dopo la tregua verde. Il pavé, il catrame, il cemento, il grigio e i parigini. Un’immagine nella testa, il video Ever Is Over All di Pipilotti Rist : una menade urbana che infrange, leggiadra, i vetri delle macchine con un fiore (tirso).

Pipilotti Rist, Ever Is Over All, 1997, vidéo