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« La culture de masse apparaît quand la société de masse se saisit des objets culturels, et son danger est que le processus vital de la société (qui, comme tout processus biologique, attire insatiablement tout ce qui est accessible dans le cycle de son métabolisme) consommera littéralement les objets culturels, les engloutira et les détruira. [...] Cela ne veut pas dire que la culture se répande dans les masses, mais que la culture se trouve détruite pour engendrer le loisir. Le résultat n’est pas une désintégration, mais une pourriture [...]. »

« La cultura di massa appare quando la società di massa si appropria degli oggetti culturali, e il suo pericolo è che il processo vitale della società (che, come ogni processo biologico, attira insaziabilmente nel proprio ciclo metabolico tutto ciò che è accessibile) consumerà letteralmente gli oggetti culturali, li inghiottirà e li distruggerà. [...] Questo non vuol dire che la cultura si espanda tra le masse, ma che la cultura si trova distrutta per procurare il divertimento. Il risultato non è una disintegrazione ma una putrefazione [...]. »

Hannah Arendt, La crise de la culture [Between the Past and the Future, 1968], éd. française 1972

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Un muro di gente, un plotone d’esecuzione festivo armato di camere fotografiche, videocamere, telefonini. Raffica di flash. Di fronte Monna Lisa sorride laconica (gioconda), asserragliata nel suo bunker trasparente, protetta da un vetro antiproiettile ed antiultravioletti. Una tela, minuscola che pare un francobollo. Pubblico attonito inizialmente davanti a questa tela così piccola: tanta esaltazione per una cosa così piccola? fama inadatta alla taglia. Nessuno sguardo diretto alla tela, ognuno si nasconde dietro al proprio apparecchio per registrare il momento, per proteggersi dall’imbarazzo di non sapere realmente come avvicinare quell’oggetto ormai assunto alla sfera del mito, cosa e come sentire l’emozione che dovrebbe scaturire. Susan Sontag dixit. È forse più inquietante, ancor più di quest’armata che si accanisce su una tela così piccola trasformata in un’icona suo malgrado, la solitudine delle tele che decorano la sala, sontuosa. I capolavori dell’arte veneziana rinascimentale, sacrificati alla gloria della Gioconda. In una sala, la Sala della Gioconda (opera fiorentina), è racchiuso un tesoro composto dalle opere maggiori dei maggiori pittori veneziani del Cinquecento (Tiziano, Veronese, Tintoretto, Jacopo Bassano tra i tanti). Non indugerò sulla provenienza di una parte importante della collezione, per mancanza di oggettività. Sono veneziana, Napoleone mi irrita, fatalmente. Dopo la spoliazione, l’ironico destino: capolavori abbandonati all’oblio che ormai nessuno guarda più, fungono da decoro alla messa della cultura massificata. Mi lascerò trasportare invece dalla vertigine della lista (d’echiani echi), ad memoriam.

Un mur de gens, un peloton d’exécution festif armé d’appareils photographiques, caméras vidéo, portables. Rafale de flashs. En face Monna Lisa sourit laconique (joconde), barricadée derrière son bunker transparent, protégée par le verre blindé anti-balles et anti-ultraviolets. Une toile minuscule qui paraît un timbre. Public interloqué au début face à cette toile si petite : est-il possible autant d’engouement pour une chose si petite ? célébrité inappropriée à la taille. Pas un regard direct à la toile, chacun se cache derrière son appareil afin d’enregistrer le moment, pour se protéger de la gêne de ne pas savoir exactement comment s’approcher à cet objet monté à la sphère du mythe, que faut-il sentir et comment sentir l’émotion qui devrait en jaillir. Susan Sontag dixit. Peut-être plus inquiétant, plus inquiétant même que cette armada qui s’acharne sur une toile si petite transformée en une icône (malgré elle), est la solitude des toiles qui décorent cette salle, somptueuse. Les chefs-d’œuvre de l’art de la Renaissance vénitienne, sacrifiés à la gloire de la Joconde. Dans la Salle de la Joconde (œuvre florentine) est conservé un trésor composé par les œuvres majeures des peintres majeurs du Cinquecento vénitien (Titien, Véronèse, Tintoret, Jacopo Bassano entre autres). Je ne m’attarderai pas sur la provenance d’une partie importante de la collection, par manque d’objectivité. Je suis vénitienne, Napoléon m’énerve, fatalement. Après la spoliation, l’ironique destin : des chefs-d’œuvre abandonnés à l’oubli, que personne ne regarde plus, ils servent de décor à la messe de la culture massifiée. Je me laisserai toutefois emporter par le vertige de la liste (échos d’Eco), ad memoriam.

Francesco Bassano, La forge de Vulcain ; Francesco Bassano, La Montée au Calvaire ; Atelier de Jacopo Bassano (Leandro ?), L’Automne ou les Vendanges ; Atelier de Jacopo Bassano (Leandro ?), L’entrée des animaux dans l’arche de Noé ; Jacopo Bassano, La Déposition (vers 1580-1582) ; Leandro Bassano, Les Noces de Cana ; Paris Bordon, Couple mythologique ; Paris Bordon, Flore (vers 1540) ; Giovanni Calcar, Portrait de Melchior von Brauweiler ; Dosso Dossi, Portrait d’homme, dit autrefois Portrait de Cesare Borgia (vers 1518-1520) ; Palma il Giovane, Portrait de Vincenzo Cappello dit autrefois Portrait de Nicolò Cappello (vers 1610) ; Lambert Sustris, Vénus et l’Amour ; Jacopo Tintoretto, Autoportrait (vers 1588) ; Jacopo Tintoretto, Le Couronnement de la Vierge, dit Le Paradis ; Jacopo Tintoretto, Portrait d’homme âgé tenant un mouchoir (1570-1575) ; Jacopo Tintoretto, Suzanne au bain (1550) ; Jacopo Tintoretto (attribué à) Portrait d’un gentilhomme, la main sur l’épée ; Tiziano Vecellio, Il Concerto champêtre (vers 1509) ; Tiziano Vecellio, Le Couronnement d’épines (1542-1543) ; Tiziano Vecellio, Portrait de François Ier (1539) ; Tiziano Vecellio, La femme au miroir (vers 1515) ; Atelier de Tiziano Vecellio, Ecce Homo ; Atelier de Paolo Veronese, La Sainte Famille avec sainte Élisabeth, sainte Marie Madeleine et une bénédictine agenouillée ; Atelier de Paolo Veronese, Le Portement de la croix ; Paolo Veronese et atelier, Esther et Assuérus ; Paolo Veronese et atelier, La Fuite de Lot ; Paolo Veronese et atelier, Suzanne et les Vieillards ; Paolo Veronese, Jupiter punissant les vices ; Paolo Veronese, La Crucifixion (vers 1584) ; Paolo Veronese, La Résurrection de la fille de Jaïre ; Paolo Veronese, La Vierge à l’Enfant entre sainte Justine et saint Georges, avec un bénédictin agenouillé ; Paolo Veronese, Les Noces de Cana (1563) ; Paolo Veronese, Les Pèlerins d’Emmaüs (vers 1559) ; Paolo Veronese, Les Sept Divinités planétaires ; Paolo Veronese, Portrait de femme avec un enfant et un chien (vers 1546-1548) ; Paolo Veronese, Portrait d’une Vénitienne, dite La Belle Nani (vers 1560) ; Paolo Veronese, Saint Marc récompensant les vertus ; Anonyme, La Mort d’Adonis ; Polidoro Lanzani, Le Repos de la Sainte Famille avec le petit saint Jean ou le Retour d’Égypte ; Lorenzo Lotto, La Femme adultère ; Lorenzo Lotto, La Reconnaissance de la nature divine de l’Enfant Jésus ; Lorenzo Lotto, Le Portement de croix (1526) ; Palma il Vecchio, L’Adoration des berges avec une donatrice ; Giovanni Gerolamo Savoldo, Autoportrait (vers 1525) ; Sebastiano del Piombo, La Sainte Famille avec sainte Catherine, saint Sébastien et un donateur (1507-1508) ; Tiziano Vecellio, Allégorie d’Alphonse d’Avalos (vers 1530) ; Tiziano Vecellio, La Vierge à l’Enfant avec saint Étienne, saint Jérôme et saint Maurice ; Tiziano Vecellio, Le Transport du Christ au tombeau (vers 1520) ; Tiziano Vecellio, Les Pèlerins d’Emmaüs ; Tiziano Vecellio, Portrait d’homme, main à la ceinture (après 1520) ; Tiziano Vecellio, Saint Jérôme pénitent ; Bonifacio Veronese, La Sainte Famille avec les saints François, Antoine, Madeleine, Jean Baptiste et Élisabeth.

Salle de la Joconde, Musée du Louvre, Paris 1er