Fatto 8 e 1/2, facciamo Nine

Nine, un film de Rob Marshall, États-Unis, 2008 (1h58) avec Daniel Day-Lewis, Marion Cotillard, Penelope Cruz, Nicole Kidman, Sofia Loren…

Nine è un coacervo di cattivo gusto e di stereotipi idioti. È un remake indegno della memoria di Fellini. Tutto ciò che in Otto e ½ è onirico e nostalgico, sublimato nella dimensione del ricordo e del desiderio, ironia commovente e introspezione nel personaggio del regista alter ego felliniano, manifesto della concezione felliniana del cinema – il suo rapporto con le donne, con il mondo della sua infanzia, con il cinema, con i propri fantasmi – il Nine hollywodiano lo digerisce e lo vomita sottoforma di un musical volgare e becero. Ogni nuance è cancellata sotto una vuota patina di pulsioni sessuali e edonismo pop, in una banalizzazione imbarazzante costruita attorno ad una ripetizione ossessiva di clichés. Il titolo Nine, per cominciare, non merita commenti. La scenografia delle scene musicali, richiamo alle arcate del Colosseo, nemmeno. Il recrutamento in massa di stelle del cinema americano e non, e di Sofia Loren non fa che aggiungere del patetismo. L’appiattimento a zero della molteplicità felliniana si riassume in due o tre ritornelli scemi che dipingono il cliché del maschio italiano e di una pseudo-cultura italiana della dolce vita: “Be italian”; “vivi oggi come se fosse il tuo ultimo giorno”; “stringimi ecc.ecc.” (come un vero “maschio” italiano); “I love the cinema italiano” “bianco e nero” (in italiano nell’originale), l’eleganza italiana. Non avevo nessuna aspettativa, al contrario, nessuna pretesa. Sono andata a vedere Nine apposta per irritarmi, mossa da puro masochismo, per vedere fino a che punto avrebbero potuto spingersi. Perché bisogna vedere, non risparmiarsi l’orrore, mantenere sveglia e allenata la propria vena polemica. Il risultato supera nel male anche la peggiore delle mie fantasie. Almeno Valerio Mastandrea, Ricky Tognazzi e Martina Stella hanno potuto farsi un giretto a Hollywood.

Nine est un ensemble incohérent de mauvais goût et stéréotypes idiots. C’est un remake indigne de la mémoire de Fellini. Tout ce qu’en Huit et ½ est onirique et nostalgique, sublimé dans la dimension du souvenir et du désir, ironie émouvante et introspection dans le personnage du réalisateur alter ego fellinien, manifeste de la conception fellinienne du cinéma – son rapport avec les femmes, avec le monde de son enfance, avec le cinéma, avec ses propres fantasmes – le Nine hollywoodien le digère et le vomit sous forme d’un musical vulgaire. Toute nuance est effacée sous une vide patine de pulsions sexuelles et hédonisme pop, en une banalisation embarrassante construite autour de la répétition obsessive de clichés. Le titre Nine, pour commencer, ne mérite pas de commentaires. La scénographie des scènes musicales, rappel aux arcades du Colisée, non plus. Le recrutement en masse des étoiles du cinéma américain et de Sofia Loren ne fait que rajouter du pathétisme. L’aplatissement à zéro de la multiplicité fellinienne se résume en deux ou trois refrains stupides qui peignent le cliché du « mâle » italien et une pseudo-culture italienne en style dolce vita : « Be italian », « vis aujourd’hui comme s’il devait être ton dernier jour » ; « embrasse-moi etc. etc. » (comme un vrai « mec» italien) ; « I love the cinema italiano », « bianco e nero », l’élégance italiana. Je n’avais aucune attente, au contraire, aucune prétention. Je suis allé voir Nine exprès pour m’irriter, poussée par pur masochisme, afin de voir jusqu’où ils auraient bien pu aller. Parce qu’il faut voir, ne pas s’épargner l’horreur, maintenir éveillée et entraînée sa propre veine polémique. Le résultat dépasse, dans le mal, même la plus noire de mes fantaisies. Au moins Valerio Mastandrea, Ricky Tognazzi et Martina Stella (acteurs italiens présents dans le film) ont pu jouir d’un petit tour à Hollywood.

Mona Hatoum chez Chantal Crousel

hatoum_crousel_4

hatoum_crousel_2

hatoum_crousel_5

hatoum_crousel_3

hatoum_crousel_1

Les œuvres récentes de Mona Hatoum, présentées en 2008 à la Fondation Khalid Shoman à Amman et l’été dernier à la Fondazione Querini Stampalia de Venise, sont exposées à la galerie Chantal Crousel. Un travail sur ses racines culturelles, une réflexion sur des objets et des lieux symboliques de la culture musulmane, objets quotidiens et lieux sacrés. La réflexion se fonde sur le détournement de la perception de ces objets et ces lieux. Elle fonctionne par contraste, jaillissant du heurtement provoqué par l’artiste entre l’idée commune de l’objet – née de l’expérience quotidienne, de la connaissance dérivée de la tradition, de la sphère spirituelle – et la déformation qu’elle lui impose en le façonnant, à travers l’altération de la taille ou l’utilisation de matériaux porteurs d’un message souvent provocateur. Worry Beads représente un rosaire musulman monumentale en bronze où chaque grain est composé par des boulets de canon : la préciosité de l’objet, sa fonctionnalité spirituelle sont en contraste ouvert avec le message meurtrier, la lourdeur physique des boulets. Impénétrable, un cube de fils barbelés suspendu, renvoie à l’image de la Kaaba de La Mecque, un espace sacré dont l’apparence légère, aérienne se heurte à la menace des fils barbelés qui la compose. Réflexion sur les contrastes inconciliables de la culture, l’artiste fait monter à la surface les contradictions, elle les rend visibles, donnant une image patente de la nature schizophrénique de la culture, où des pulsions de signe opposé, seulement en apparence inconciliables, cohabitent. « Tout document de culture est aussi un document de barbarie » écrivait Walter Benjamin (Sur le concept d’histoire). Mona Hatoum nous en livre l’image.

Le opere recenti di Mona Hatoum, presentate nel 2008 alla Fondazione Khalid Shoman ad Amman e l’estate scorsa alla Fondazione Querini Stampalia a Venezia, sono esposte alla galleria Chantal Crousel. Un lavoro sulle proprie radici culturali, una riflessione su degli oggetti e dei luoghi simbolici della cultura musulmana. La riflessione si fonda sul dirottamento della percezione di quegli oggetti e di quei luoghi. Funziona per contrasto, sorgendo dallo scontro provocato dall’artista tra l’idea comune dell’oggetto – nata dall’esperienza quotidiana, dalla conoscenza che deriva dalla tradizione, dalla sfera spirituale – e la deformazione che ella gli impone modellandolo, attraverso l’alteramento della taglia o l’utilizzo di materiali portatori di un messaggio spesso provocatorio. Worry Beads rappresenta un rosario musulmano monumentale di bronzo in cui ogni grano è composto da delle palle di cannone: la preziosità dell’oggetto, la sua funzionalità spirituale sono in contrasto aperto con il messaggio di morte, la pesantezza fisica dei proiettili. Impenetrabile, un cubo di filo spinato sospeso, richiama alla mente l’immagine della Kaaba de La Mecca, uno spazio sacro la cui apparenza leggera, aerea si scontra con la minaccia del filo spinato che la compone. Riflessione sui contrasti inconciliabili della cultura, l’artista fa risalire in superficie le contraddizioni, le rende visibili, palpabili, dando un’immagine patente della natura schizofrenica della cultura, dove delle pulsioni di segno opposto, solo in apparenza inconciliabili, convivono. “Ogni documento di cultura è un documento di barbarie” scriveva Walter Benjamin (Sul concetto di storia). Mona Hatoum ci consegna l’immagine.

Impénétrable, 2009, acier vernis noir, fil de pêche 300 x 300 x 300 cm ; Worry Beads, 2009 bronze patiné, acier doux, dimensions variables ; A Bigger Splash, 2009 verre de Murano, 6 éléments, dimensions variables

Mona Hatoum, Galerie Chantal Crousel 10 rue Charlot, Paris 3ème du 13 mars au 24 avril 2010

Achille et la tortue de Takeshi Kitano


Achille et la tortue, un film de Takeshi Kitano, Japon, 2008 (1h59) avec Takeshi Kitano, Kanako Higuchi, Yurei Yanagi…

Hilarant et touchant, entre fable et réalité. Takeshi Kitano, dans la peau d’un artiste raté, livre une réflexion – hyperbolique et paradoxale – sur le monde de l’art. Il pousse à la limite les mécanismes de l’art contemporain, ses excès, ses recherches à tâtons, ses évolutions sans fin et sans but apparent. Surtout, sa futilité. Une image féroce. L’art n’est un univers organique et valide que si on y plonge complètement, on y adhère entièrement, on en fait sa propre foi, sa propre obsession, si on reste replié sur soi-même ensemble avec sa propre passion, en laissant le monde dehors. L’art est un jeu sérieux. Une percée de la réalité peut détruire sa logique et sa validité. Le combat éternel avec l’éthique, le concret ronge l’esprit. Les sempiternels doutes sur l’utilité de consacrer sa vie à l’art. Takeshi Kitano provoque cette percée sur la non-logique de l’art. Avec une simple phrase. « En Afrique, entre une boulette de riz et un Picasso, l’on choisirait la boulette de riz. L’art est une illusion ». Je ne sais pas si je vais m’en remettre. Au fond. L’art est un jeu, un enfantillage sans doute par conséquent, tautologiquement. Le jeu est un truc d’enfant. Je ne veux pas grandir.

Esilarante e toccante, tra favola e realtà. Takeshi Kitano, nei panni di un artista fallito, consegna una riflessione – iperbolica e paradossale – sul mondo dell’arte. Spinge ai limiti i meccanismi dell’arte contemporanea, i suoi eccessi, le sue ricerche a tentoni, le sue evoluzioni senza fine e senza obiettivo apparente. Soprattutto, la sua futilità. Un’immagine feroce. L’arte è un universo organico e valido solamente se vi si immerge completamente, vi si aderisce interamente, facendone la propria fede, se si resta ripiegati su se stessi insieme alla propria passione, lasciando il mondo fuori. L’arte è un gioco serio. Uno squarcio sulla realtà può distruggere la sua logica e la sua validità. L’eterno combattimento con l’etica, il concreto, rode la mente. I dubbi sempiterni sull’utilità del consacrare la propria vita all’arte. Takeshi Kitano provoca questo squarcio nella non-logica dell’arte. Con una semplice frase. “In Africa, tra una palla di riso e un Picasso, sceglierebbero la palla di riso. L’arte è un’illusione”. Non so se potrò rimettermi. In fondo. L’arte è un gioco, un infantilismo senza dubbio, di conseguenza, tautologicamente. Il gioco è una cosa da bambini. Non voglio crescere.

Takeshi Kitano l’iconoclaste, Retrospective au Centre Pompidou du 11 mars au 26 juin 2010 / Beat Takeshi Kitano, Gosse de peintre, Fondation Cartier, du 11 mars au 12 septembre 2010

Michael Brown chez Yvon Lambert

brown_yvonlambert_1

brown_yvonlambert_2

Brouillement du sens, du statut des objets : Michael Brown crée des installations, recrée des environnements à travers la composition d’objets issus de la vie quotidienne, de la société de consommation, façonne des objets. Le brouillement du sens vient de l’inversement significatif du geste artistique : l’artiste n’emprunte pas l’objet en soi, pour le décontextualiser, le déplacer et à travers ce geste lui conférer le statut d’objet artistique – ready made. Michael Brown emprunte à la fois l’objet et le concept et le transforme avec des matériaux reproduisant l’apparence de l’originel. Il le transfigure, en fait un double, ressemblant mais pas interchangeable. Dépouillé du vécu, de toute utilité, « poli », cet objet nouveau, conceptualisé, a le pouvoir d’une idole, d’un totem. Il catalyse l’idée, devient image métaphorique, miroir qui désigne l’objet et la société qu’il représente. Une chaise pliante de jardin entourée par des canettes vides, polies : reconstruction aseptique d’une scène triviale, de post-consommation, de loisir à bas prix, elle reproduit une image désolante de vanitas, une représentation poignante de la société de consommation.

Offuscamento del senso, dello statuto degli oggetti: Michael Brown crea delle installazioni, ricrea degli ambienti attraverso la composizione di oggetti provenienti dalla vita quotidiana, della società dei consumi, modella degli oggetti. L’offuscamento del senso deriva dall’inversione significativa del gesto artistico: l’artista non prende a prestito l’oggetto in sé, per decontestualizzarlo, spostarlo e attraverso questo gesto conferirgli lo statuto di oggetto artistico – ready made. Michael Brown si appropria al tempo stesso dell’oggetto e del suo concetto e lo trasforma con dei materiali che riproducono l’apparenza dell’originale. Lo trasfigura, ne fa un doppio, simile ma non intercambiabile. Spogliato del vissuto, d’ogni utilità, lucidato, quest’oggetto nuovo, concettualizzato, ha il potere di un idolo, di un totem. Catalizza l’idea, diventa immagine metaforica, specchio che designa l’oggetto e la società che esso rappresenta. Una sedia pieghevole da giardino attorniata da delle lattine vuote, lucidate: ricostruzione asettica di una scena triviale, di una post-consumazione, di piacere a basso costo, essa riproduce un’immagine desolante di vanitas, una rappresentazione feroce della società dei consumi.

Michael Brown, Galerie Yvon Lambert, 108, rue Vieille du Temple, Paris 3ème du 13 février au 27 mars 2010

Tom Ford vs Ettore Scola

A single man, un film de Tom Ford, États-Unis, 2008 (1h40) avec Colin Firth, Julianne Moore…

Una giornata particolare, un film d’Ettore Scola, Italie, 1977 (1h45) avec Sofia Loren, Marcello Mastroianni

Un film attuale, di Tom Ford, ambientato nel 1962, a Los Angeles. Un film del 1977, di Ettore Scola, ambientato nel 1938, in epoca fascista, a Roma. Un uomo – un omosessuale – la sua solitudine. Il peso della “diversità”, in una società che non contempla la possibilità della sua esistenza, il moralismo bigotto, ipocrita che chiude gli occhi condannandola allo stato di “trasparenza”. Il desiderio ultimo, disperato, di mollare la presa dalla vita e la vita che ritorna in un riflusso di bellezza. Per poi andarsene. Un linguaggio visivo molto diverso. La poesia sofisticata delle immagini fluide di Tom Ford; la crudezza senza pietà delle immagini di Ettore Scola, il loro realismo. Un’uguale attenzione – maniacale – per i dettagli. Un’eleganza senza pari dell’uomo. E la solitudine agghiacciante.

Un film actuel, de Tom Ford, situé en 1962, à Los Angeles. Un film du 1977, de Ettore Scola, situé en 1938, en époque fasciste, à Rome. Un homme – un homosexuel – sa solitude. Le poids de la « diversité », dans une société qui ne contemple pas la possibilité de son existence, le moralisme bigot, hypocrite qui ferme les yeux en la condamnant à l’état « transparent ». Le dernier souhait, désespéré, de lâcher prise de la vie et la vie qui revient en un reflux de beauté. Pour s’en aller, enfin. Un langage visuel très différent. La poésie sophistiquée des images fluides de Tom Ford ; la crudité sans pitié des images d’Ettore Scola, leur réalisme. Une même attention – maniaque – pour les détails. Une élégance sans égale de l’homme. Et la solitude terrifiante.

José María Sicilia chez Chantal Crousel

« Au fond de la source, il y a l’écho. / L’écho est l’image de ton image. / La voix de ta voix. / L’écho est une eau lourde qui s’obscurcit avec le temps. » José María Sicilia

“In fondo alla sorgente c’è l’eco. / L’eco è l’immagine della tua immagine. / La voce della tua voce. / L’eco è un’acqua pesante che si scurisce con il tempo.” José María Sicilia

sicilia_crousel_2

Eco (Miroirs), 2009, bronze, 200 x 100 cm

« Les dimensions des bronzes sont les dimensions d’une porte. Le texte a été mordu à l’acide comme pour une eau-forte. Ensuite, il a été travaillé légèrement, effacé à peu près comme lorsque l’on écrit sur le sable d’une plage et que les vagues font disparaître le tracé petit à petit. J’ai voulu qu’on se lise à travers le texte. Les phrases sont des questions de tous les jours. Le miroir nous absorbe. Il devient Vanité à notre image. » José María Sicilia

Eco (Specchi), 2009, bronzo, 200 x 100 cm

“Le dimensioni dei bronzi sono le dimensioni di una porta. Il testo è stato corroso con l’acido come per un’acquaforte. Poi è stato lavorato leggermente, cancellato un po’ come quando si scrive sulla sabbia in spiaggia e che le onde fanno scomparire il tratto poco a poco. Ho voluto che si leggesse attraverso il testo. Le frasi sono domande di tutti i giorni. Lo specchio ci assorbe. Diventa Vanità a immagine di noi stessi”. José María Sicilia

sicilia_crousel_1

Cecilia (Constellations), 2009, marbre, 200 x 90 cm

« Le pays du ciel dans le pays de l’eau. / Les étoiles sont – aussi – des îles. / Toute l’eau vivante est une eau sur le point de mourir. / Cet univers est un écho. Il parle de la mère. » José María Sicilia

Cecilia (Costellazioni), 2009, marmo, 200 x 90 cm

“Il paese del cielo nel paese dell’acqua. / Le stelle sono – anche – delle isole. / Ogni acqua vivente è un’acqua sul punto di morire. / Quest’universo è un eco. Parla della madre.” José María Sicilia

José María Sicilia, Eco, Galerie Chantal Crousel, 10 rue Charlot, Paris 3ème, du 30 janvier au 5 mars 2010