Retour sur la question de la valeur des œuvres d’art. Question centrale de l’art contemporain. La remise en question des critères de jugement et de valeur a renversé tous les repères. On s’y égare facilement. La valeur est-elle uniquement dans le matériel ou dans le modèle ? Piero Golia reproduit un buste antique (une valeur sure du modèle dérivée de l’auctoritas d’une tradition illustre), en utilisant des pièces de monnaie, des lires, dont la valeur est aujourd’hui et désormais périmée depuis leur remplacement par l’euro. Est-elle dans le temps passé, qui pose sa patine dans l’œuvre ou dans la fidélité de l’œuvre en tant que copie ? Wilfrid Almendra expose des sculptures de jardin, répliques d’anciennes sculptures rongées par le temps, les intempéries : leur rôle de fidèles copies a échoué, mais le temps les a enrichies de cette « aura », qui les rend définitivement « œuvres ». La valeur est-elle dans le simple geste de l’artiste ? Martin Creed croit dans la beauté absolue et pure d’un papier blanc froissé, posé sous une vitrine. La valeur peut-elle résider dans des reproductions en série, affiches photocopiées ? Cyprien Gaillard récupère des affiches criardes annonçant des concerts classiques et s’insère ainsi dans l’interstice où le langage tapageant du marketing à touristes contraste avec le langage de la culture musicale classique, où haute et basse culture paradoxalement se croisent. Des grilles blanches cache-radiateur, si accrochées à un mur, peuvent-elles se transformer en œuvres d’art ? Zak Kitnick en les accrochant les transfigure en des objets mystérieux, métaphores du voile, qui cache tout en laissant voir. Étienne Chambaud compose des précieuses constellations à travers des pierres et du plexiglas coloré. Pierre Bismuth, en reproduisant à grande échelle l’éclat accidentel du verre d’une diapositive, renvoie à l’œuvre de Duchamp La mariée mise à nu par ses célibataires, même. Le support de l’image se fait image lui-même et la superposition de différents niveaux de signification la rend précieuse. La relativité de la valeur des œuvres d’art est déconcertante. Elle demeure toute dans ce paradoxe. La valeur jaillit des contrastes que l’art arrive à faire ressurgir, à faire éclater.
Ritorno sulla questione del valore di un’opera d’arte. Questione centrale dell’arte contemporanea. La rimessa in discussione dei criteri di giudizio e di valore ha scombinato ogni riferimento. Ci si perde facilmente. Il valore reside solamente nella materia o nel modello? Piero Golia riproduce un busto antico (un valore sicuro derivato dall’auctoritas di una tradizione illustre), utilizzando delle monete, delle lire, oggi e per sempre un valore scaduto dal momento della loro sostituzione da parte dell’euro. Il valore è nel tempo passato che posa la sua patina nell’opera o nella fedeltà dell’opera in quanto copia? Wilfrid Almendra espone delle sculture da giardino, repliche di sculture antiche rose dal tempo e dalle intemperie: la loro funzione di copie fedeli ha fallito ma il tempo le ha arricchite di un’aura che le rende definitivamente opere d’arte. Il valore può residere nel semplice gesto dell’artista? Martin Creed crede nella bellezza assoluta e pura di un foglio di carta appallottolato, collocato in una teca. Il valore può essere nelle riproduzioni seriali, in locandine fotocopiate? Cyprien Gaillard recupera dei manifesti sgargianti che publicizzano dei concerti classici, inserendosi così nella discrasia dove il linguaggio battente del marketing turistico contrasta con quello della cultura musicale classica, dove culture alta e bassa si incontrano paradossalmente. Le griglie bianche che servono a nascondere i caloriferi, se appese al muro, possono trasformarsi in opere d’arte? Zak Kitnick appendendole le trasfigura in oggetti misteriosi, metafore del velo che nasconde lasciandosi intravedere. Étienne Chambaud compone delle preziose costellazioni attraverso delle pietre e del plexiglass colorato. Pierre Bismuth, riproducendo a grande scala la rottura accidentale del vetro di una diapositiva, rinvia all’opera di Duchamp La mariée mise à nu par ses célibataires, même. Il supporto dell’immagine si fa immagine e la sovrapposizione di diversi livelli di significato la impreziosisce. La relatività del valore delle opere d’arte è sconcertante. Reside interamente in questo paradosso. Il valore sgorga dai contrasti che l’arte riesce a sollevare, a far esplodere.
One Man’s Mess Is Another Man’s Masterpiece, Galerie Bugada & Cargnel, 7-9 rue de l’Equerre, Paris 19e jusqu’au 17 juillet 2010











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