Sophie Calle. Enfin.

Elle s’est appelée successivement Rachel, Monique, Szyndler, Calle, Pagliero, Gonthier, Sindler.

Ma mère aimait qu’on parle d’elle. Sa vie n’apparaît pas dans mon travail. Ça l’agaçait. Quand j’ai posé ma caméra au pied du lit dans lequel elle agonisait, parce que je craignais qu’elle n’expire en mon absence, alors que je voulais être là, entendre son dernier mot, elle s’est exclamée : « Enfin ». Sophie Calle

Si è chiamata di volta in volta Rachel, Monique, Szyndler, Calle, Pagliero, Gonthier, Sindler.

A mia madre piaceva che si parlasse di lei. La sua vita non compare nel mio lavoro. Questo la indisponeva. Quando ho posato la mia videocamera ai piedi del letto in cui agonizzava, poiché temevo che spirasse in mia assenza quando invece volevo essere lì, ascoltare le sue ultime parole, ha esclamato : “Finalmente”. Sophie Calle

… continue

Jan Svankmajer au Forum des Images

Surviving Life (Theory and Practice), de Jan Svankmajer, 2010, Tchécoslovaquie (1h45m) avec Václav Helsus, Klára Issová, Zuzana Kronerova…

Quand vie et rêves, rêves et vie se brouillent en une confusion inextricable… qu’on ne sait plus si vivre dans la vie ou vivre dans les rêves, renoncer à vivre pour rester dans ses propres rêves. Freud et Jung se chamaillent. Un univers gribouillant, impressionnant dans sa puissance imaginative, la beauté de ses images, faussement naïves, d’une férocité grinçante. Envie de plonger dans l’intégrale Svankmajer.

Quando vita e sogni, sogni e vita si mescolano in una confusione inestricabile… che non si sa più se vivere nella vita o vivere nei sogni, rinunciare a vivere per restare nei propri sogni. Freud e Jung bisticciano. Un universo formicolante, impressionante nella sua potenza immaginativa, la bellezza delle sue immagini falsamente naïves, di una ferocità acida. Voglia di immergermi nell’opera integrale di Svankmajer.

Intégrale Jan Svankmajer, du 26 au 31 octobre au Forum Des Images, Paris 1er

Impression, soleil tombé (j’irai pas voir Monet)

Je suis snob, extrêmement, insupportablement snob. J’ai une idée très (trop) haute de l’art et de sa fonction pour aimer sa marchandisation. Je ne peux donc que viscéralement ne pas aimer les opérations du genre expos blockbusters. Je n’irai donc pas voir l’exposition de Monet au Grand Palais – bien sûr, on ne peut pas juger sans avoir vu, oui, c’est snob (je viens de le dire, je suis snob), oui c’est superficiel (non, ce n’est pas superficiel c’est intransigeant et je suis intransigeante), oui c’est prétentieux, tout à fait, je suis tout ça, mais je n’irai quand même pas voir l’exposition de Monet. Je ne suis pas masochiste, d’ailleurs. Je ne peux pas songer sans effroi à aller me fourrer dans un espace clos avec des milliers de personnes pour voir une exposition, faire une queue interminable (encore que je trouverais certainement un escamotage élégant, quelque carte magique pour ne pas faire la queue, oui, je suis assez débrouillarde et avec raison, étant snob) pour après me retrouver serrée parmi des malheureux entassés comme des sardines à essayer de contempler (entrevoir en état extatique obligé) des bouts de bonne vieille peinture entre les têtes des visiteurs. Et ça je ne le pourrais pas éviter. J’ai une très haute considération de l’art et de sa fonction. Mais là ça virerait à l’autopunition. Et n’étant pas masochiste… Une moyenne de 6 300 personnes par jour. On pourrait atteindre le chiffre record de 800 000 visiteurs. C’est dément. Le plaisir, où est-il passé ? Je continue tout de même à demeurer surprise par la transformation de la consommation culturelle en industrie du loisir, par sa capacité de faire tourner l’art en un besoin répandu à consommer absolument, avidement, comme un Coca. Faire devenir une expo un événement incontournable. C’est un tour de force de la pensée extraordinaire. Je veux dire, c’est de la peinture, ça peut être ennuyeux, ça peut ne pas plaire ni intéresser à tout le monde, ce serait même légitime, ça touche à une sphère du plaisir très particulière. Et payer, supporter la queue, la foule, s’infliger du mal pour ça. C’est un peu comme si on arrivait à me convaincre de l’absolue nécessité, pour mon bonheur, de payer 10 euros pour aller visiter une exposition de crapauds australiens de compétition mais non sans avoir d’abord attendu débout des heures avant d’entrer et puis déambuler dans la foule au risque de ne rien voir. Ce serait aussi fou que cela. Je m’interroge sur le sens scientifique de l’exposition (y avait-t-il besoin d’une rétrospective de Monet ou pouvait-on passer outre ?), je m’interroge sur les querelles et les mesquineries qui font surface sur un fond de chocs d’égos, sur la confusion qui règne désormais entre art et commerce, culture, communication et buzz. Impression d’une drôle d’époque de l’art à l’époque de sa marchandisation.

Sono snob, estremamente, insopportabilmente snob. Ho un’idea molto (troppo) alta dell’arte e della sua funzione per amare la sua mercificazione. Non posso che visceralmente non amare le operazioni genere mostre blockbuster. Non andrò quindi a vedere la mostra di Monet al Grand Palais – certo, non si può giudicare senza avere visto, sì, tutto ciò è snob (l’ho appena detto, sono snob), sì tutto ciò è superficiale (no, non è superficiale è intransigente ed io sono intransigente), sì tutto ciò è pretenzioso, esattamente, io sono tutto ciò ma non andrò comunque a vedere l’esposizione di Monet. Non sono masochista, tra l’altro. Non posso, senza un certo timore, pensare di andare ad infilarmi in uno spazio chiuso con altre migliaia di persone per vedere una mostra, fare una coda interminabile (anche se troverei certamente un escamotage elegante, qualche carta magica per non fare la coda, sì, sono abile nell’aggirare queste situazioni, e a ragione, essendo una snob) per poi ritrovarmi stretta in mezzo ad un mucchio di sventurati pressati come sardine a cercare di contemplare (intravedere in stato estatico obbligato) dei pezzi di buona vecchia pittura tra le teste dei visitatori. E questo non potrei evitarlo. Ho una considerazione molto alta dell’arte e della sua funzione. Ma qui volgerebbe all’autopunizione. E non essendo masochista… Una media di 6 300 persone al giorno. Si potrebbe raggiungere e oltrepassare la cifra record di 800 000 visitatori. È pazzesco. Il piacere dove è finito? Continuo a rimanere sorpresa dalla trasformazione della consumazione culturale in industria dell’intrattenimento, della sua capacità di far diventare l’arte un bisogno diffuso da consumare assolutamente, avidamente, come una Coca-Cola. Far diventare una mostra, un avvenimento imperdibile. È un tour de force straordinario del pensiero. Voglio dire, si tratta di pittura, può essere noioso, può non piacere né interessare a tutti, e sarebbe legittimo, tocca una sfera del piacere molto particolare. E per questo pagare, sopportare la coda, la folla, infliggersi del male. È un po’ come se riuscissero a convincermi dell’assoluta necessità, per la mia felicità, di pagare 10 euro per andare a visitare una mostra di rospi australiani da competizione ma non senza prima aver atteso in piedi per delle ore prima di entrare e poi deambulare nella folla col rischio di non vedere nulla. Sarebbe altrettanto folle. Mi interrogo sul senso scientifico della mostra (ce n’era veramente bisogno di una retrospettiva Monet o si poteva passare oltre?), mi interrogo sulle querelles e le meschinerie che affiorano in superficie sullo sfondo di scontri di ego, sulla confusione che regna ormai tra arte e commercio, cultura, comunicazione e buzz. Impressione di una strana epoca dell’arte all’epoca della sua mercificazione.

La photo : Impression, soleil tombé, ou bien Notre-Dame pendant la Nuit blanche (l’illumination est une installation de Thierry Dreyfus, Offrez-moi votre silence – n°5………..41398, 2010, parvis de Notre-Dame, Paris 1er, la nuit du 2 octobre 2010)

Monet, Grand Palais, Paris 8e du 22 septembre 2010 au 24 janvier 2011

Fassbinder (visionnaire) : Le monde sur le fil

Le monde sur le fil (Welt am Draht), de Rainer Werner Fassbinder, Allemagne, 1973 (3h25) avec Klaus Löwitsch, Barbara Valentin, Margit Carstensen…

L’art est visionnaire. Il l’est. Fassbinder était un visionnaire. Ses séquences se composent d’images d’une beauté (convulsive) déconcertante. Extrême, théâtral, anti-naturaliste. Ses personnages sont comme des poupées dans ses mains, se meuvent dans une scénographie somptueuse. Des humains déshumanisés dont l’esprit s’est envolé. La fascination hybride, glaciale, de la cyber-esthétique. Questionnement de l’identité de l’humain, entre le miroir, son reflet, la réalité, sur la frontière trouble entre le réel et la sphère di virtuel. En 1973.

L’arte è visionaria. Lo è. Fassbinder era un visionario. Le sue sequenze si compongono di immagini di una bellezza (convulsiva) sconcertante. Estremo, teatrale, antinaturalista. I suo personaggi sono come burattini nelle sue mani, si muovono in una scenografia sontuosa. Degli umani disumanizzati il cui spirito ha preso il volo. Il fascino ibrido, glaciale, della cyber-estetica. Questionamento dell’identità dell’umano, tra lo specchio, il suo riflesso, la realtà, sulla frontiera ambigua tra il reale e la sfera del virtuale. Nel 1973.

Pane e cultura

Me l’ero persa. Recupero.

Nei periodi di crisi la gente non si mangia mica la cultura. Giulio Tremonti, Ministro dell’Economia, ottobre 2010

J’avais raté celle-là. Je récupère.

En période de crise, les gens ne vont quand même pas manger de la culture. Giulio Tremonti, Ministre de l’Economie, octobre 2010

Mani pulite (ovvero sporche): Gianni Motti

Gianni Motti, Mani pulite, 2005 (idrossido di sodio, grasso di Silvio Berlusconi)

La capacità dell’arte d’incarnare le contraddizioni attraverso l’associazione ironica di concetti e idee apparentemente lontane: il cortocircuito virtuoso al contatto con l’attualità storica provoca una scintilla feconda che illumina il contemporaneo. L’arte opera spesso come una sintesi immaginativa che restituisce la complessità del mondo trasfigurandola in un linguaggio simbolico, sintesi non realizzabile nel discorso e nella logica del linguaggio non-immaginifico.

Così, nel 2005, Gianni Motti produce un sapone con gli scarti di grasso derivanti da un’operazione di liposuzione di Silvio Berlusconi e lo chiama Mani pulite. Rimando alla stagione giudiziaria anti-corruzione che ha spazzato via all’inizio degli anni novanta i partiti ‘storici’ dalla scena politica italiana, aprendo una breccia, il vuoto di potere in cui Silvio Berlusconi si è inserito e nel quale ha monopolizzato (e continua a monopolizzare) la politica italiana durante gli ultimi sedici anni. L’Italia pre-Berlusconi e l’Italia plastica di Berlusconi, dell’immagine frontale, levigata, televisiva e della giovinezza ad ogni costo, all’inseguimento di una patetica eterna giovinezza attraverso infinite operazioni chirurgiche. Uno slancio ‘idealistico’ (quasi rivoluzionario) di pulizia della politica che spalanca paradossalmente le porte ad un imbarbarimento, una bruttezza e una sporcizia, ancora peggiori. Ossimoro volutamente raccapricciante della cosa e il suo nome, il paradosso evidente tra la funzione dell’oggetto e la sua composizione materica: l’idea di lavare (sporcare) le proprie mani con un sapone fatto di grasso umano fa arricciare il naso. Mani pulite (ovvero sporche) evoca tutta la contraddittorietà della recente storia italiana, perfino nella reazione, la più appropriata, il disgusto.

Mani pulite è attualmente esposto al Migros Museum di Zurigo in occasione della mostra Une Idée, une Forme, un Être. Poésie/Politique du corporel fino al 28 novembre 2010.

La capacité de l’art d’incarner les contradictions à travers l’association ironique de concepts et idées apparemment lointaines : le court-circuit vertueux au contact avec l’actualité historique provoque une étincelle féconde qui illumine le contemporain. L’art œuvre souvent comme une synthèse imaginative qui restitue la complexité du monde en le transfigurant en un langage symbolique, synthèse non réalisable dans le discours et dans la logique du langage non-imaginifique.

Ainsi, en 2005, Gianni Motti produit un savon avec les déchets graisseux dérivants d’une opération de liposuccion de Silvio Berlusconi et l’appelle Mani pulite (mains propres). Renvoi à la saison judiciaire anti-corruption ainsi dite (Mani pulite) qui a balayé, au début des années quatre-vingt-dix les partis ‘historiques’ de la scène politique italienne, en ouvrant une faille, le vide de pouvoir dans lequel Silvio Berlusconi s’est inséré et à partir du quel a pu monopoliser (et continue à monopoliser) la politique italienne pendant les seize dernières années. L’Italie pré-Berlusconi et l’Italie plastique de Berlusconi, de l’image frontale, patinée, télévisée et de la jeunesse à tout prix, de la poursuite d’une pathétique éternelle jeunesse à travers une série infinie d’opérations chirurgicales. Un élan ‘idéaliste’ (presque révolutionnaire) de nettoyage de la politique qui ouvre paradoxalement les portes à une barbarie, une laideur et une saleté encore pires. Oxymoron qui se veut dégoutant entre la chose et son nom, le paradoxe évident entre la fonction de l’objet et sa composition matérielle : l’idée de se laver (salir) les mains avec un savon fait de graisse humaine fait tordre le nez. Mains propres (c’est à dire sales) évoque tout le caractère contradictoire de l’histoire récente italienne, jusqu’à dans la réaction la plus appropriée, le dégoût.

Mani pulite est actuellement exposé au Migros Museum de Zurich dans le cadre de l’exposition Une Idée, une Forme, un Être. Poésie/Politique du corporel jusqu’au 28 novembre 2010.