Brouillement du sens, du statut des objets : Michael Brown crée des installations, recrée des environnements à travers la composition d’objets issus de la vie quotidienne, de la société de consommation, façonne des objets. Le brouillement du sens vient de l’inversement significatif du geste artistique : l’artiste n’emprunte pas l’objet en soi, pour le décontextualiser, le déplacer et à travers ce geste lui conférer le statut d’objet artistique – ready made. Michael Brown emprunte à la fois l’objet et le concept et le transforme avec des matériaux reproduisant l’apparence de l’originel. Il le transfigure, en fait un double, ressemblant mais pas interchangeable. Dépouillé du vécu, de toute utilité, « poli », cet objet nouveau, conceptualisé, a le pouvoir d’une idole, d’un totem. Il catalyse l’idée, devient image métaphorique, miroir qui désigne l’objet et la société qu’il représente. Une chaise pliante de jardin entourée par des canettes vides, polies : reconstruction aseptique d’une scène triviale, de post-consommation, de loisir à bas prix, elle reproduit une image désolante de vanitas, une représentation poignante de la société de consommation.
Offuscamento del senso, dello statuto degli oggetti: Michael Brown crea delle installazioni, ricrea degli ambienti attraverso la composizione di oggetti provenienti dalla vita quotidiana, della società dei consumi, modella degli oggetti. L’offuscamento del senso deriva dall’inversione significativa del gesto artistico: l’artista non prende a prestito l’oggetto in sé, per decontestualizzarlo, spostarlo e attraverso questo gesto conferirgli lo statuto di oggetto artistico – ready made. Michael Brown si appropria al tempo stesso dell’oggetto e del suo concetto e lo trasforma con dei materiali che riproducono l’apparenza dell’originale. Lo trasfigura, ne fa un doppio, simile ma non intercambiabile. Spogliato del vissuto, d’ogni utilità, lucidato, quest’oggetto nuovo, concettualizzato, ha il potere di un idolo, di un totem. Catalizza l’idea, diventa immagine metaforica, specchio che designa l’oggetto e la società che esso rappresenta. Una sedia pieghevole da giardino attorniata da delle lattine vuote, lucidate: ricostruzione asettica di una scena triviale, di una post-consumazione, di piacere a basso costo, essa riproduce un’immagine desolante di vanitas, una rappresentazione feroce della società dei consumi.
Michael Brown, Galerie Yvon Lambert, 108, rue Vieille du Temple, Paris 3ème du 13 février au 27 mars 2010
« pendant que la lumière focalise / et les pierres et les couleurs sont un poids vif / et que la main indique l’ailleurs / et que la terre s’oriente… »
« mentre la luce focalizza / e le pietre e i colori sono un peso vivo / e la mano indica l’altrove / e la terra si orienta… »
Altrove (et moi), 2010
L’ailleurs, pendant que La Main l’indique, 1980 (dessin marouflé sur toile). Une main indique au spectateur une direction centrifuge, en dehors de la toile. « (L’exposition est) une œuvre à part entière, identifiée par un titre et localisée – pour la durée d’une exposition [...] – au sein d’un espace muséal mais en considérant le temps et l’espace extérieur, qui s’étend au-delà du temps de l’exposition et en dehors du musée [...] » G. Anselmo in « Turin, 15 June 2006. In Conversation », G. Anselmo et A. Viliani, in cat. Giovanni Anselmo, p. 224, Turin, 2007
L’altrove, mentre La Mano lo indica, 1980 (disegno incollato su tela). Una mano indica allo spettatore una direzione centrifuga, fuori dalla tela. « (L’esposizione è) un’opera in sé, identificata da un titolo e localizzata – per la durata di una esposizione [...] – all’interno di uno spazio museale ma considerando il tempo e lo spazio esteriore, che si estende al di là del tempo dell’esposizione e al di fuori del museo. [...] » G. Anselmo in « Turin, 15 June 2006. In Conversation », G. Anselmo e A. Viliani, in cat. Giovanni Anselmo, p. 224, Turin, 2007
Particolare (et moi), 2010
Détail, 1972-2010 (deux projecteurs, diapositives). Deux projecteurs, la même diapositive (particolare = détail) : l’un dirigé vers le mur en face et l’autre vers l’espace ouvert de la salle, se manifeste seulement lorsque un support – provenant de l’extérieur – s’entrepose au faisceau lumineux. « Prendre conscience que la réalité peut être comprise comme la somme de toutes ses composantes individuelles, mais jamais capturée dans son infinie totalité est le message essentiel de Particolare. » Anne Rorimer, in Giovanni Anselmo: Here and Beyond 1965-2004, cat. expo Museum Kurhaus Kleve/Ikon Gallery Birmingham, 2004
Particolare, 1972-2010 (due proiettori, diapositive). Due proiettori, la stessa diapositiva (particolare): uno diretto verso il muro di fronte e l’altro, verso lo spazio aperto della sala, si manifesta solo quando un supporto – proveniente dall’esterno – si frappone al fascio luminoso. « Prendere coscienza che la realtà può essere intesa come la somma di tutti le componenti individuali ma mai catturata nella sua infinità totalità è il messaggio essenziale di Particolare. » Anne Rorimer, in Giovanni Anselmo: Here and Beyond 1965-2004, cat. expo Museum Kurhaus Kleve/Ikon Gallery Birmingham, 2004
Giovanni Anselmo, Galerie Marian Goodman, 79 rue du Temple, Paris 3ème du 16 janvier au 27 février 2010
La peinture de Soulages, en une perspective chronologique, c’est un acheminement graduel vers l’ « outrenoir » : des stylismes des années cinquante à la manière de Hans Hartung, à l’épaississement des traits noirs, vers un engagement total de la surface du tableau dans les années quatre-vingt. Une peinture mystique, tableau comme une expérience spirituelle, de la contemplation. Le regardeur est « seul face à lui-même ». La complexité du noir, le bouleversement de la perception commune qui voit le noir comme une absence de la couleur : Soulages montre les possibilités infinies, les variables inépuisables qui naissent de la rencontre du noir et de la lumière. Chaque tableau est un objet changeant, multiple et un, sensible à la perspective, à la lumière. Le noir devient source d’une nouvelle clarté, de lumière. Jusqu’aux polyptiques outrenoirs des dernières années : tableaux-sculptures qui invitent au mouvement autour afin de goûter à leur complexité, dans la lumière changeante. Noir comme une richesse infinie. Tableaux-espaces, où plonger le regard, où vivre « dans l’immobilité l’écoulement du temps ».
La pittura di Soulages, in una prospettiva cronologica, è un avvicinamento graduale verso l’outrenoir (“oltrenero”): dagli stilemi degli anni cinquanta alla maniera di Hans Hartung, all’ispessimento dei tratti neri, verso l’occupazione totale della superficie del quadro negli anni ottanta. Una pittura mistica, il quadro come esperienza spirituale, della contemplazione. Colui che guarda è “solo di fronte a se stesso”. La complessità del nero, lo stravolgimento della percezione comune che vede nel nero l’assenza del colore: Soulages mostra le possibilità infinite, le variabili inesauribili che nascono dall’incontro tra il nero e la luce. Ogni quadro è un oggetto cangiante, molteplici quadri in uno, è sensibile alla prospettiva, alla luce. Il nero diventa fonte di un nuovo chiarore, di luce. Fino ai polittici outrenoirs degli ultimi anni: quadri-scultura che invitano ad un movimento attorno per assaporare la loro complessità, nella luce cangiante. Nero come una ricchezza infinita. Quadri-spazio, in cui immergere lo sguardo, all’interno dei quali vivere “nell’immobilità lo scorrere del tempo”.
Soulages, Centre Pompidou, Paris 4ème du 14 octobre 2009 au 8 mars 2010
Dans la peau de Germaine Krull (Hommage à Eli Lotar), 2009
La subversion des images : les images peuvent-elles être subversives ? L’art est-il dangereux ? « Changer la vue » (A. Breton) pour changer la vie. La révolution surréaliste – concept au centre de l’exposition au Centre Pompidou – s’est frayée un chemin, de la vue à la vie, de l’art à la réalité et est rentrée de force dans l’actualité, a contaminé le centre Pompidou, se propageant dans les musées parisiens et français. Un mouvement de protestation sans précédent dans la culture contre la suppression de postes et les restrictions budgétaires, pour la sauvegarde de la culture et du service public. Touchés le musée du Louvre, musée d’Orsay, château de Versailles, le centre Pompidou… Un tsunami subversif, un tsunami esthétique : « c’est beau la culture en grève » (citation du blog Louvre pour tous).
La sovversione delle immagini: le immagini possono essere sovversive? L’arte è pericolosa? “Cambiare la vista” (A. Breton) per cambiare la vita. La rivoluzione surrealista – concetto al centro dell’esposizione del Centre Pompidou – ha aperto un passaggio dalla vista alla vita, dall’arte alla realtà ed è entrata di forza nell’attualità, ha contagiato il Centre Pompidou, propagandosi ai musei parigini e francesi. Un movimento di protesta senza precedenti nella cultura contro la soppressione di posti e la restrizione nei finanziamenti per la salvaguardia della cultura e del servizio pubblico. Sono coinvolti il museo del Louvre, il museo d’Orsay, la reggia di Versailles, il Centre Pompidou… Uno tsunami sovversivo, uno tsunami estetico: “la cultura in sciopero è bella” (citazione del blog Louvre pour tous).
La subversion est aussi virtuelle : La grève s’expose, Louvre pour tous sur Flickr; Beaubourg-en-grève sur Facebook… à suivre.
La Subversion des images, commissaires d’exposition Quentin Bajac et Clément Chéroux. Exposition inaccessible au Centre Pompidou depuis le 23 novembre 2009…
Verre et miroir, transparence qui reflète. Bijoux sculpturaux d’un artiste artisan, créateur d’œuvres raffinées et d’une (inutile) beauté, exposées dans le coffre galerie. Chaînes de perles qui évoluent dans l’espace, équilibres fragiles, matérialisant dans la forme des lois mathématiques abstraites. Entre art minimal et art conceptuel.
Vetro e specchio, trasparenza che riflette. Bijoux scultorei di un artista artigiano, creatore di opere raffinate e di una (inutile) bellezza, esposte nella galleria-cofanetto. Catene di perle che evolvono nello spazio, equilibri fragili che materializzano nella forma delle leggi matematiche astratte. Tra arte minimal e arte concettuale.
Un livre édité en occasion de l’exposition, une rêverie d’enfants où les dessins des sculptures surgissent des pages en forme tridimensionnelle de pop up.
Un libro pubblicato in occasione dell’esposizione, un incantesimo d’infanzia dove i disegni delle sculture sorgono dalle pagine in forma tridimensionale di pop up.
Ci sono cose che si vorrebbero dimenticare, cancellare con un colpo di straccio. Ma ritornano. La mente ritorna col pensiero e il ricordo, con insistenza, proprio a quelle cose che fanno male. E così, pur avendo cercato di rimuovere, di non parlarne, la mia mente ritorna a Collaudi. Al Padiglione italiano della Biennale. L’attualità politica e le notizie d’oltralpe, ora dopo ora, provocano un cortocircuito continuo che mi impedisce di dimenticare o, semplicemente, di sorvolare. Società e arte. Perché l’arte è il prodotto della società che la crea, anche se spesso la precede. Perché l’arte è politica, anche quando non lo è. L’arte fa politica, anche quando non la fa. E succede che la politica utilizzi l’arte, per plasmarla, e veicolare l’idea del mondo così come lo vorrebbe. E allora si può entrare, come è successo a me, nel Padiglione italiano, nel 2009. E succede di trovarsi di colpo in un universo parallelo, fuori dal mondo e dalla storia. Un inno alla nazione e all’italianità « contemporanea ». Un padiglione italiano al cento per cento. Italianissimo. A partire dai due curatori. I due Beatrice, Luca Beatrice e Beatrice Buscaroli, un nome che rimanda in modo subliminale ad un’italianità lontana, poetica, a delle radici, dantesche. Nel 2009, un omaggio a Tommaso Marinetti. Al futurismo, « unica avanguardia italiana del ’900 » come si annuncia nell’opuscolo illustrativo del Padiglione (e l’arte povera, per esempio?). Come se il tempo non fosse passato. Una reazione rispetto al mondo e alle rivoluzioni occorse in un secolo di storia, di società, di cultura. Sui muri del Padiglione italiano si mostrano pitture figurative, della « bella », classica pittura di « una volta ». Anche se il futurismo e il figurativismo non avevano avuto in comune finora che la rima. Pitture decorative. Confortanti. Il mondo è fuori. La storia è fuori. L’omaggio è all’italianità. E l’Italia di oggi rifugge i cambiamenti e la modernità. L’italianità di oggi è figurativista. Non cavalca i cambiamenti e le rivoluzioni. Così come la società, così l’arte ufficiale. È chiusa in se stessa in un’involuzione che non conosce limiti. Italianissima è la brochure, il tricolore è esposto con fierezza. È un’italianità banalizzata, impoverita, un’immagine stereotipata, sbiadita e grottesca come il menu di una pizzeria pseudo-italiana in giro per il mondo, con una grande bandiera tricolore, qualche foto sbiadita di monumenti e qualche errore di ortografia qua e là. Il Ministro dei beni culturali Sandro Bondi sostiene di non capire l’arte contemporanea. Non facevo fatica a crederci prima, ne ho la certezza ora. Scrivere, per esorcizzare. E ricordare, anche se fa male.
Il y a des choses qu’on voudrait oublier, effacer d’un coup de balai. Mais elles reviennent. L’esprit revient toujours avec insistance, dans le souvenir et la pensée, à ces choses là, celles qui font mal. Ainsi, tout en ayant essayé de le refouler, de ne pas en parler, l’esprit revient à Collaudi. Au Pavillon italien de la Biennale. L’actualité politique et les nouvelles transalpines, heure après heure, provoquent un court-circuit continu qui m’empêche d’oublier, ou tout simplement, de passer outre. La société et l’art. Parce que l’art est le produit de la société qui le crée, même si souvent l’anticipe. Parce que l’art est politique, même quand il ne l’est pas. L’art fait de la politique, même quand il ne le fait pas. Et il arrive que la politique utilise l’art, le façonne, afin de véhiculer l’idée du monde ainsi comme elle le rêve. Et alors il peut arriver de rentrer, comme il m’est arrivé à moi, dans le Pavillon italien, en 2009. Et se retrouver soudainement dans un univers parallèle, en dehors du monde et de l’histoire. Un hymne à la nation et à l’italianité contemporaine. Un pavillon italiano au cent pour cent. Italianissimo. À partir des curators. Les deux Beatrice, Luca Beatrice et Beatrice Buscaroli, un nom qui renvoie de façon subliminale à une italianité lointaine, poétique, à des racines, dantesques. En 2009, un hommage à Tommaso Marinetti. Au futurisme, « la seule avant-garde italienne du XXème siècle », comme il est annoncé dans la brochure illustrative du pavillon (et l’arte povera, par exemple?). Comme si le temps n’était pas passé. Une réaction envers le monde et les révolutions d’un siècle d’histoire, de société, de culture. Sur les murs du Pavillon italien on montre des peinture figuratives. De la « belle », classique peinture « d’auparavant ». Même si le futurisme et le figurativisme n’avaient eu jusqu’à là en commun que la rime. Des peintures décoratives. Paisibles. Le monde est dehors. L’histoire est dehors. L’hommage est pour l’italianité. Et l’Italie d’aujourd’hui refoule les changements et les révolutions. Comme la société, ainsi l’art officiel. Elle est enfermée en soi-même dans une involution qui ne connaît pas de limites. Italianissima est la brochure, le tricolore s’y trouve exposé avec fierté. Il s’agit d’une italianité banalisée, appauvrie, une image stéréotypée, décolorée et grotesque comme un menu d’une pizzéria pseudo-italienne n’importe où dans le monde, avec un grand drapeau tricolore, quelques photos décolorées de monuments et des erreurs d’orthographe ici là. Le Ministre de la culture Sandro Bondi affirme de ne rien comprendre à l’art contemporain. Je pouvais arriver à le croire, avant. Maintenant, j’en suis certaine. Écrire, afin d’exorciser. Et se souvenir, même si ça fait mal.
Collaudi, spiegata da Luca Beatrice, curator. Collaudi, expliquée par Luca Beatrice, curator.
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