Rodrigo Garcia solipsiste. C’est comme ça, et me faites pas chier

© Christian Berthellot / Théâtre de Gennevilliers

L’univers de Rodrigo Garcia est contradictoire, mon opinion sur son œuvre est aussi contradictoire. Rodrigo Garcia estime que le théâtre est mort, qu’il est un « congrès de morts » et que le public qui le compose (des professionnels, des amateurs d’art ou des bourgeois) « c’est de la merde ». J’estime rentrer dans la catégorie. Cependant. Rien de personnel. Rien de bien choquant non plus, ça rentre dans le genre « boutades que j’aime », d’habitude. J’aime le trash. Rodrigo Garcia n’aime pas son public. Il assume que les chauffeurs de taxi ni les maçons irons voir ses spectacles et ainsi, ne sachant pas travailler dans la rue, la contradiction devient inconciliable. Ça se trouve que paradoxalement l’« édifice théâtre » lui plaît. Il fait donc du théâtre, au théâtre. Malgré tout. Il fait du théâtre parce qu’il garde tout de même un certain espoir dans l’art. Parce qu’il lui est arrivé de s’émouvoir au théâtre. N’aimant pas son public, son théâtre n’a pas de véritable destinataire, son moteur étant uniquement le personnel désir d’expression de l’auteur. Ça va de soi, Rodrigo Garcia n’aime pas les critiques, ni ce qu’on écrit lui intéresse, et ne les lit pas. Je me plie donc au paradoxe et à la contradiction : je suis allée voir un spectacle d’un auteur qui me déteste à priori et maintenant je me livre à un exercice interprétatif qui l’indiffère : aller au théâtre devient une expérience de pure autisme. Rodrigo Garcia est l’art du solipsisme. Sa nouvelle pièce C’est comme ça, et me faites pas chier en est un condensé. Un monologue infini, un acteur aveugle sur scène qui parle des mots, de leur importance, d’images qu’il ne peut plus voir, qui se meut avec incertitude sur un plateau disséminé d’instruments. Il y a le rejet de la modernité, de la domination de la communication, de la rapidité de la communication qui annule toute humanité, tout vrai contact, et la noie dans le vide, la condamnant à la solitude. Un refus, parmi des propos embrouillés, confus, un cri enfantin « C’est comme ça, et me faites pas chier ! ». Il y a des éclats d’agressivité qui s’alternent à la narration, d’une révolte non intériorisée, non rationalisée, qui sort tout droit de l’estomac et heurte le spectateur en plein visage. Du bruit, de la musique, des crabes, des jouets pour enfants, des livres utilisés comme un canapé, des acteurs-ombre entourent le protagoniste sur scène, muets ils se meuvent avec délicatesse, en silence, se transforment en des personnages étranges, déclenchent des mécanismes scénographiques, font de la musique. Comme des acteurs-techniciens de plateau, obéissant aux ordres capricieux de l’invisible régisseur despotique. Il y a des images très belles (belles de façon convulsive). Un théâtre qui joue sur l’impression de glisser progressivement dans la dimension du réel (la performance) mais qui reste du théâtre, une re-présentation. Aucune confusion, malgré la confusion gribouillante sur scène (même si on aime dire que le théâtre de Rodrigo Garcia s’approche à l’art de la performance, je partage l’opinion de Marina Abramovic : il y a un abîme entre performance et théâtre, le réel). Et un doute : et si c’était vrai, comme le dit Rodrigo Garcia, que le désespoir exhibé par Adam et Ève chassés du paradis (comme dans la fresque de Masaccio de la Cappella Brancacci à Florence) n’était que du pur théâtre, qu’en fait ils sont contents de quitter le paradis (en réalité le vrai enfer), que le désert qui les attend est la liberté ? Le spectacle est un fascinant cri de révolte, mais une révolte stérile, un cri qui reste enfermé sur soi-même comme un exercice vaniteux, enfantin, un caprice égocentrique, un vomissement. Du théâtre solipsiste.

L’universo di Rodrigo Garcia è contraddittorio, la mia opinione sulla sua opera è anche contraddittoria. Rodrigo Garcia afferma che il teatro è morto, un “congresso di morti” e che il pubblico che lo compone (di professionisti, amatori d’arte o borghesi) “è tutta merda”. Credo di rientrare nella categoria. Ciononostante. Niente di personale. Nemmeno di scioccante, rientra nel genere di boutades che amo, di solito. Amo il trash. Rodrigo Garcia non ama il suo pubblico. Ammette anche che né dei tassisti né dei muratori andranno a vedere i suoi spettacoli e, non essendo capace di lavorare in strada, la contraddizione diventa inconciliabile. Accade che paradossalmente l’edificio “teatro” gli piace. Fa quindi teatro, a teatro. Malgrado tutto. Fa teatro perché ha mantenuto comunque una qualche speranza nell’arte. Perché gli è successo di commuoversi a teatro. Non amando il suo pubblico, il suo teatro non ha un vero destinatario, il suo motore è unicamente il personale desiderio dell’autore di esprimersi. Come pare ormai evidente, Rodrigo Garcia non ama le recensioni, né ciò che si scrive su di lui gli interessa, non le legge. Mi piego quindi al paradosso e alla contraddizione: sono andata ad assistere allo spettacolo di un autore che mi detesta a priori e ora mi cimento in un esercizio interpretativo che gli è completamente indifferente: andare a teatro diventa un’esperienza di puro autismo. Rodrigo Garcia è l’arte del solipsismo. Il suo nuovo spettacolo C’est comme ça, et me faites pas chier (È così e non rompetemi le palle) ne è un condensato. Un monologo infinito, un attore cieco in scena che parla delle parole, della loro importanza, di immagini che non può più vedere, che si muove con incertezza su una scena disseminata di strumenti. C’è il rifiuto della modernità, del dominio della comunicazione, della rapidità della comunicazione che annulla ogni umanità, ogni vero contatto, e la scioglie nel vuoto, condannandola alla solitudine. Un rifiuto, tra dei propositi confusi, un grido infantile : “È così e non rompetemi le palle!”. Ci sono degli scoppi di aggressività che si alternano alla narrazione, di una rivolta non interiorizzata, non razionalizzata, che esce fuori diritto dallo stomaco e colpisce lo spettatore in pieno volto. Del rumore, della musica, dei granchi, dei giochi per bambini, dei libri usati come poltrona, degli attori-ombra attorniano il protagonista in scena, muti, si muovono con delicatezza, in silenzio, si trasformano in personaggi bizzarri, fanno scattare dei meccanismi scenografici, fanno musica. Come degli attori-tecnici di scena, obbediscono agli ordini capricciosi dell’invisibile, dispotico regista. Ci sono delle immagini molto belle (belle di maniera convulsiva). Un teatro che gioca sull’impressione di scivolare progressivamente nella dimensione del reale (la performance) ma che resta teatro, una rappresentazione. Nessuna confusione, malgrado la confusione formicolante sulla scena (anche se alla critica piace dire che il teatro di Rodrigo Garcia si avvicina all’arte della performance, io condivido l’opinione di Marina Abramovic: c’è un abisso tra performance e teatro: il reale). E un dubbio: e se fosse vero, come dice Rodrigo Garcia, che la disperazione esibita da Adamo ed Eva cacciati dal paradiso (come nell’affresco di Masaccio della cappella Brancacci a Firenze) non fosse altro che puro teatro, che sono invece contenti di lasciare il paradiso (in verità il vero inferno), che il deserto che li attende è la libertà? Lo spettacolo è un affascinante grido di rivolta, ma una rivolta sterile, un grido che rimane chiuso in se stesso come un esercizio vanitoso, infantile, un capriccio egocentrico, un conato di vomito. Del teatro solipsista.

C’est comme ça et me faites pas chier, de Rodrigo Garcia avec Melchior Derouet, Núria Lloansi Rotlan, Daniel Romero Calderón, au Théâtre de Gennevilliers, jusqu’au 14 novembre dans le cadre du Festival d’Automne à Paris.

Œuvre d’art ou œuvre de nature ?

Des éléments verticaux imperceptibles, structures simples, caméléoniennes. Des signes hors du temps, flèches primitives, touche humaine délicate. L’artifice se confond avec l’œuvre de la nature.

Elementi verticali impercettibili, strutture semplici, camaleontiche. Segni fuori dal tempo, guglie primitive, tocco umano delicato. L’artificio si confonde con l’opera della natura.

Tauromachie

Contrastes inconciliables : ceux entre art, mythe et écologie. Contrasti insanabili: quelli tra arte, mito e ecologia.

Vidéo extrait de >> Le mystère Picasso de Henri-Georges Clouzot (1956) avec Pablo Picasso, Henri-Georges Clouzot.

Underground Spirit

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L’esprit underground – à pouvoir le visualiser, le rendre en une image, en faire une métaphore visuelle – il serait comme un fleuve, un fléau spirituel, une vague noire comme de l’encre de Chine. Il s’enfuirait en sortant des égouts, comme d’une boîte de Pandore, fluide comme une masse fluctueuse, compacte et sinueuse en même temps. Il envahirait le monde au-dessus. Il se déploierait comme une vague composée par d’innombrables âmes noires qui se noient en lui et qui, en se détachant et retombant en mille gouttes sur terre, s’évaporeraient au soleil, en demeurant inertes au sol comme autant de flaques noires.

Lo spirito underground – a poterlo visualizzare, renderlo in un’immagine, farne una metafora visiva – sarebbe come un fiume, una pandemia spirituale, un’onda nera come l’inchiostro. Scapperebbe uscendo dalle fogne, come da un vaso di Pandora, fluido come una massa flottante, compatta e sinuosa al tempo stesso. Invaderebbe il mondo di sopra. Si estenderebbe come un’onda composta da tante anime nere che si disperdono in esso e che, staccandosi e ricadendo in mille gocce su terra, evaporerebbero al sole, rimanendo inerti al sole come tante pozzanghere nere.

Momentos que solo puede vivir… el dibujante, graffiti de ESCIF (anonime valencien) / graffiti di ESCIF (anonimo valenziano) . Interview, here.

Bodegón* architectural

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Fair is foul, and foul is fair (È bello il brutto, e brutto il bello / Horrible est le beau, beau est l’horrible) Shakespeare, MacBeth, act I

La beauté et la laideur. Sans laideur, il n’y aurait pas de beauté. La laideur est toujours là à nous rappeler, par contraste, la nécessité de la beauté. La laideur est un cri, une prise de conscience, nécessaire. Nous oblige à prendre position. La laideur est nécessaire. Ces constructions sont nécessaires. Elles surgissent de la terre comme un memento mori, une nature morte espagnole du Siècle d’or. La beauté est éphémère, un équilibre précaire.

La bellezza e la bruttezza. Senza la bruttezza, la bellezza non esisterebbe. La bruttezza è sempre lì a ricordarci, per contrasto, la necessità della bellezza. La bruttezza è un grido, una presa di coscienza, necessaria. Ci obbliga a prendere posizione. La bruttezza è necessaria. Queste costruzioni sono necessarie. Sorgono dalla terra come un memento mori, una natura morta spagnola del Secolo d’oro. La bellezza è effimera, un equilibrio precario.

*bodegón : natura morta spagnola / nature morte espagnole

Sud

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Il mercato a Valencia, morte e vita si affiancano nel parossismo di vitalità, i colori caldi delle spezie, variazioni delle textures, abbondanza disordinata, esuberanza mediterranea. Aria a pieni polmoni, calore ritrovato, odori e suoni dal ventre della madre. Sud.

Le marché à Valencia, mort et vie se cotoyent dans le paroxisme de la vitalité, les couleurs chaudes des épices, les variations des textures, l’abondance désordonnée, exubérance méditerranéenne. De l’air à pleins poumons, une chaleur retrouvée, odeurs et sons du ventre de la mère. Sud.

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