La Meute au Palais de Tokyo

C’était le 12 avril dernier, vers onze heures du soir, à la soirée de l’ouverture, ou bien de l’(Entre)Ouverture du Palais de Tokyo, dans la cohue des amateurs et des curieux circulant dans les nouveaux et anciens espaces, se confondant parmi les installations et les performances. En descendant les escaliers principaux, je me suis trouvée bloquée par l’avancée inattendue d’une meute de corps nus teints en violet, qui rampaient sur les escaliers, les uns sur les autres, se mêlant, s’enlaçant, s’entremêlant, les uns aux autres, les uns sur les autres, comme si c’était un seul être. Les corps avançaient, lentement, montaient les escaliers. Une cohue de curieux les suivaient, les photographiaient. Les gens au passage se collaient aux murs, se retiraient, essayaient de ne pas se faire effleurer, pris entre attraction et répulsion envers cette meute, cette créature, être irrationnel, presque animal, séduisante et menaçante à la fois.

Era il 12 aprile scorso, verso le undici di sera, alla serata d’ouverture, o piuttosto dell’(Entre)Ouverture del Palais de Tokyo, nella folla di amatori e curiosi che circolavano nei nuovi e vecchi spazi, confondendosi tra le installazioni e le performances. Scendendo le scale principali, mi sono trovata bloccata dall’avanzata di une meute (« muta ») di corpi nudi dipinti di viola, che strisciavano sulle scale, gli uni sugli altri, mescolandosi, intrecciandosi, gli uni agli altri, gli uni sugli altri, come se fosse un solo essere. I corpi avanzavano, lentamente, salivano le scale. Una folla di curiosi li seguiva, li fotografava. La gente che si trovava sul passaggio si appiccicava alle pareti, si ritirava, cercava di non farsi sfiorare, presa tra attrazione e repulsione verso questa meute, questa creatura, essere irrazionale, animale quasi, seducente e minacciosa al tempo stesso.

Le Corps Collectif, La Meute, Palais de Tokyo, Paris 16e, le 12 avril 2012

A Berlino, omaggio a Valeska Gert (1892-1978)

All’Hamburger Bahnhof di Berlino – dopo sale e sale feutrées di Joseph Beuys – la gradita scoperta è stata la mostra-omaggio a Valeska Gert. Artista, ballerina e attrice berlinese celebre negli anni venti per le sue performances a teatro e al cinema, in opere espressioniste e dada. Performer avant la lettre, ebrea, costretta a partire nel 1938 a causa dell’ascesa del nazional-socialismo, ritornata in Germania alla fine degli anni quaranta, caduta nell’oblio, ha incrociato vita e carriera di Eisenstein, Oskar Kokoschka, Pabst, Tennessee Williams, Jackson Pollock, Federico Fellini, Werner Herzog, Klaus Kinski. Sul video la sua presenza è potente, rivoluzionaria e conturbante, cattura lo spettatore con una forza quasi ipnotica. Androgina, estranea ad ogni categoria o genere, creatura aliena, cangiante, espressione e grazia pura, dura, attraente e repellente al tempo stesso.

À l’Hamburger Bahnhof de Berlin – après des salles et des salles feutrées de Joseph Beuys – quelle agréable surprise l’exposition-hommage à Valeska Gert, danseuse et actrice berlinoise célèbre dans les années vingt pour ses performances à théâtre et au cinéma, dans des œuvres expressionnistes et dada. Performeuse avant la lettre, juive, contrainte à partir en 1938 à cause de la montée du national-socialisme, revenue en Allemagne à la fin des années quarante, oubliée, elle a croisé la vie et la carrière de Eisenstein, Oskar Kokoschka, Pabst, Tennessee Williams, Jackson Pollock, Federico Fellini, Werner Herzog, Klaus Kinski. En vidéo sa présence est puissante, révolutionnaire et troublante, capture le spectateur avec une force presque hypnotique. Androgyne, étrangère à toute catégorie ou genre, créature aliène, changeante, expression et grâce pure, dure, attrayante et repoussante en même temps.

Valeska Gert, Baby, 1969

Valeska Gert in Giulietta degli spiriti, di Federico Fellini (1965) con Giulietta Masina

Pause. Valeska Gert: Moving Fragments, Hamburger Bahnhof, Berlin fino al 10 aprile 2011.

L’Hamburger Bahnhof di Berlino: Joseph Beuys

Berlin, une ancienne gare transformée en musée et à son intérieur, Joseph Beuys, feutré, s’échappe de toute tentative de définition. Ses sculptures restent ouvertes comme autant de questions.

Hamburger Bahnhof, Invaliden Straße 50-51, Berlin

Rodrigo Garcia solipsiste. C’est comme ça, et me faites pas chier

© Christian Berthellot / Théâtre de Gennevilliers

L’univers de Rodrigo Garcia est contradictoire, mon opinion sur son œuvre est aussi contradictoire. Rodrigo Garcia estime que le théâtre est mort, qu’il est un « congrès de morts » et que le public qui le compose (des professionnels, des amateurs d’art ou des bourgeois) « c’est de la merde ». J’estime rentrer dans la catégorie. Cependant. Rien de personnel. Rien de bien choquant non plus, ça rentre dans le genre « boutades que j’aime », d’habitude. J’aime le trash. Rodrigo Garcia n’aime pas son public. Il assume que les chauffeurs de taxi ni les maçons irons voir ses spectacles et ainsi, ne sachant pas travailler dans la rue, la contradiction devient inconciliable. Ça se trouve que paradoxalement l’« édifice théâtre » lui plaît. Il fait donc du théâtre, au théâtre. Malgré tout. Il fait du théâtre parce qu’il garde tout de même un certain espoir dans l’art. Parce qu’il lui est arrivé de s’émouvoir au théâtre. N’aimant pas son public, son théâtre n’a pas de véritable destinataire, son moteur étant uniquement le personnel désir d’expression de l’auteur. Ça va de soi, Rodrigo Garcia n’aime pas les critiques, ni ce qu’on écrit lui intéresse, et ne les lit pas. Je me plie donc au paradoxe et à la contradiction : je suis allée voir un spectacle d’un auteur qui me déteste à priori et maintenant je me livre à un exercice interprétatif qui l’indiffère : aller au théâtre devient une expérience de pure autisme. Rodrigo Garcia est l’art du solipsisme. Sa nouvelle pièce C’est comme ça, et me faites pas chier en est un condensé. Un monologue infini, un acteur aveugle sur scène qui parle des mots, de leur importance, d’images qu’il ne peut plus voir, qui se meut avec incertitude sur un plateau disséminé d’instruments. Il y a le rejet de la modernité, de la domination de la communication, de la rapidité de la communication qui annule toute humanité, tout vrai contact, et la noie dans le vide, la condamnant à la solitude. Un refus, parmi des propos embrouillés, confus, un cri enfantin « C’est comme ça, et me faites pas chier ! ». Il y a des éclats d’agressivité qui s’alternent à la narration, d’une révolte non intériorisée, non rationalisée, qui sort tout droit de l’estomac et heurte le spectateur en plein visage. Du bruit, de la musique, des crabes, des jouets pour enfants, des livres utilisés comme un canapé, des acteurs-ombre entourent le protagoniste sur scène, muets ils se meuvent avec délicatesse, en silence, se transforment en des personnages étranges, déclenchent des mécanismes scénographiques, font de la musique. Comme des acteurs-techniciens de plateau, obéissant aux ordres capricieux de l’invisible régisseur despotique. Il y a des images très belles (belles de façon convulsive). Un théâtre qui joue sur l’impression de glisser progressivement dans la dimension du réel (la performance) mais qui reste du théâtre, une re-présentation. Aucune confusion, malgré la confusion gribouillante sur scène (même si on aime dire que le théâtre de Rodrigo Garcia s’approche à l’art de la performance, je partage l’opinion de Marina Abramovic : il y a un abîme entre performance et théâtre, le réel). Et un doute : et si c’était vrai, comme le dit Rodrigo Garcia, que le désespoir exhibé par Adam et Ève chassés du paradis (comme dans la fresque de Masaccio de la Cappella Brancacci à Florence) n’était que du pur théâtre, qu’en fait ils sont contents de quitter le paradis (en réalité le vrai enfer), que le désert qui les attend est la liberté ? Le spectacle est un fascinant cri de révolte, mais une révolte stérile, un cri qui reste enfermé sur soi-même comme un exercice vaniteux, enfantin, un caprice égocentrique, un vomissement. Du théâtre solipsiste.

L’universo di Rodrigo Garcia è contraddittorio, la mia opinione sulla sua opera è anche contraddittoria. Rodrigo Garcia afferma che il teatro è morto, un “congresso di morti” e che il pubblico che lo compone (di professionisti, amatori d’arte o borghesi) “è tutta merda”. Credo di rientrare nella categoria. Ciononostante. Niente di personale. Nemmeno di scioccante, rientra nel genere di boutades che amo, di solito. Amo il trash. Rodrigo Garcia non ama il suo pubblico. Ammette anche che né dei tassisti né dei muratori andranno a vedere i suoi spettacoli e, non essendo capace di lavorare in strada, la contraddizione diventa inconciliabile. Accade che paradossalmente l’edificio “teatro” gli piace. Fa quindi teatro, a teatro. Malgrado tutto. Fa teatro perché ha mantenuto comunque una qualche speranza nell’arte. Perché gli è successo di commuoversi a teatro. Non amando il suo pubblico, il suo teatro non ha un vero destinatario, il suo motore è unicamente il personale desiderio dell’autore di esprimersi. Come pare ormai evidente, Rodrigo Garcia non ama le recensioni, né ciò che si scrive su di lui gli interessa, non le legge. Mi piego quindi al paradosso e alla contraddizione: sono andata ad assistere allo spettacolo di un autore che mi detesta a priori e ora mi cimento in un esercizio interpretativo che gli è completamente indifferente: andare a teatro diventa un’esperienza di puro autismo. Rodrigo Garcia è l’arte del solipsismo. Il suo nuovo spettacolo C’est comme ça, et me faites pas chier (È così e non rompetemi le palle) ne è un condensato. Un monologo infinito, un attore cieco in scena che parla delle parole, della loro importanza, di immagini che non può più vedere, che si muove con incertezza su una scena disseminata di strumenti. C’è il rifiuto della modernità, del dominio della comunicazione, della rapidità della comunicazione che annulla ogni umanità, ogni vero contatto, e la scioglie nel vuoto, condannandola alla solitudine. Un rifiuto, tra dei propositi confusi, un grido infantile : “È così e non rompetemi le palle!”. Ci sono degli scoppi di aggressività che si alternano alla narrazione, di una rivolta non interiorizzata, non razionalizzata, che esce fuori diritto dallo stomaco e colpisce lo spettatore in pieno volto. Del rumore, della musica, dei granchi, dei giochi per bambini, dei libri usati come poltrona, degli attori-ombra attorniano il protagonista in scena, muti, si muovono con delicatezza, in silenzio, si trasformano in personaggi bizzarri, fanno scattare dei meccanismi scenografici, fanno musica. Come degli attori-tecnici di scena, obbediscono agli ordini capricciosi dell’invisibile, dispotico regista. Ci sono delle immagini molto belle (belle di maniera convulsiva). Un teatro che gioca sull’impressione di scivolare progressivamente nella dimensione del reale (la performance) ma che resta teatro, una rappresentazione. Nessuna confusione, malgrado la confusione formicolante sulla scena (anche se alla critica piace dire che il teatro di Rodrigo Garcia si avvicina all’arte della performance, io condivido l’opinione di Marina Abramovic: c’è un abisso tra performance e teatro: il reale). E un dubbio: e se fosse vero, come dice Rodrigo Garcia, che la disperazione esibita da Adamo ed Eva cacciati dal paradiso (come nell’affresco di Masaccio della cappella Brancacci a Firenze) non fosse altro che puro teatro, che sono invece contenti di lasciare il paradiso (in verità il vero inferno), che il deserto che li attende è la libertà? Lo spettacolo è un affascinante grido di rivolta, ma una rivolta sterile, un grido che rimane chiuso in se stesso come un esercizio vanitoso, infantile, un capriccio egocentrico, un conato di vomito. Del teatro solipsista.

C’est comme ça et me faites pas chier, de Rodrigo Garcia avec Melchior Derouet, Núria Lloansi Rotlan, Daniel Romero Calderón, au Théâtre de Gennevilliers, jusqu’au 14 novembre dans le cadre du Festival d’Automne à Paris.

L’art contemporain, c’est creux, c’est cool?

Limousines (interviews à l’intérieur d’une limousine), projet dans le cadre de la Biennale de Belleville 2010, sur une idée d’Abdellah Karroum.

Performance ou creux, vide pneumatique de la pensée sur l’art ?

Je ne supporte pas les généralisations, quand j’entends prononcer la phrase fatidique « l’art contemporain c’est n’importe quoi » j’enrage, pareil quand j’entends « mon fils de deux ans aussi serait capable de faire ça » ou, pire, « moi aussi je pourrais faire ça ». Néanmoins, j’assume avec amertume que l’inconsistance et le vide guettent l’art contemporain : il est toujours plus difficile de se retrouver dans l’immense sur-production d’œuvres et la sur-population d’artistes ou supposés tels. L’art, ce petit milieu, ressemble (très, trop souvent) à un jeu de société où les protagonistes (marchands, curators, critiques, amateurs, artistes et tous les wanna be) actent comme sur le plateau d’un glam-coolo-show, protagonistes (conscients, inconscients) d’une performance collective où tout le petit monde se met en scène. L’art devient une attitude. Une cool attitude. Tout le monde est (a la sensation ?) d’être une star (Warhol docet). Être ou ne pas y être, this is the question. La performance emporte le contenu. Elle dégage un creux flou, comme un brouillard épais où il est difficile de tracer le confine entre fiction et réalité (c’est une performance ou c’est la réalité ?) où l’esprit critique se noie, désemparé. Je vis dans la contradiction.

Performance o vuoto pneumatico del pensiero sull’arte?

Non sopporto le generalizzazioni, quando sento pronunciare la fatidica frase “l’arte contemporanea è assurda, nulla” mi arrabbio, uguale quando sento “mio figlio di due anni saprebbe fare questo” o, peggio, “anche io sono capace di fare quello”. Ciononostante, constato con amarezza che l’inconsistenza e il vuoto minacciano l’arte contemporanea: è sempre più difficile ritrovarsi nell’immensa sovrapproduzione di opere ed il sovrappopolamento di artisti o supposti tali. L’arte, questo piccolo milieu, assomiglia (molto, troppo spesso) a un gioco di società in cui i protagonisti (mercanti, curatori, critici, amatori, artisti e tutti i wanna be) recitano come sul set di un glam-cool-show, protagonisti (coscienti, incoscienti) di una performance collettiva dove tutto il piccolo mondo si mette in scena. L’arte diventa un’attitudine. Ognuno è (si sente?) una star (Warhol docet). Esserci o non esserci, this is the question. La performance porta via con sé il contenuto. Diffonde un vuoto sfumato, come una spessa nebbia in cui è difficile tracciare il confine tra finzione e realtà (è una performance o è la realtà?), in cui lo spirito critico annega, spaesato. Vivo nella contraddizione.

Revoir Tania Bruguera au Centre Pompidou

Un minuto frente a un micrófono, performance de Tania Bruguera, lors de la Xe Biennal de La Habana, Cuba, mars 2009

>> IP Détournement, projection d’une sélection de vidéos issues de la Collection nouveaux médias choisies par Tania Bruguera : travail autour de la question du copyright et de la proprieté intellectuelle, dans le cadre de Voir/Revoir 2, Centre Pompidou, du 8 au 13 septembre 2010