Walter Benjamin (1892-1940)

POUR HOMMES

Convaincre est infécond. W. Benjamin, Sens unique (Einbahnstraβe, 1955), éd. fr. 1978

Walter Benjamin (Berlin, 15 juillet 1892 – Portbou, 26 septembre 1940)

Allora & Calzadilla, une poétique de l’après-désastre

Le rythme serré, cadenzato de baguettes qui frappent sur des stores baissés, instrument musical improvisé. Stores qui s’entrouvrent, laissant percer des bribes de lumière. L’intérieur d’une maison. Les reflets sur le plafond d’une maison inondée. En dehors, les eaux du Mississippi. Musique et silence. Lumière et obscurité. Extérieur, intérieur. Une narration rythmée sur les contrastes qui raconte la dévastation dans la Nouvelle Orléans après le passage de Katrina (A Man Screaming is not a Dancing Bear, 2008). … continue

Pourquoi Walter Benjamin aurait aimé Twitter (peut-être)

Benjamin_twitter

J’ai une théorie : la contrainte est fertile à l’expression. Elle oblige à un exercice de synthèse et concentration qui peut ouvrir le chemin de l’excellence, la voie vers la perfection. Ma thèse (pas si originale) est supportée – par un détour forcé de sa pensée – par Walter Benjamin. Voilà pourquoi Walter Benjamin aurait aimé (peut-être) Twitter, forme moderne de concentration de la pensée, de l’expression et du langage en 140 caractères (par le biais du témoignage de Gershom Scholem).

Tout ce qui était petit exerçait sur lui la plus grande attirance. Une de ses impulsions les plus fortes consistait à exprimer ou à découvrir la perfection dans le petit et dans le minuscule. Des auteurs tels que J. P. Hebel ou le narrateur hébraïque S. J. Agnon, qui parvenaient à la perfection dans des histoires au format extrêmement réduit, pouvaient le ravir constamment. Que le plus grand s’ouvre dans le plus petit, que « le bon Dieu habite dans le détail », comme avait coutume de le dire Aby Warburg, c’était là des idées fondamentales pour lui sous les rapports les plus divers. Ce penchant confère à son livre Sens unique l’accent particulier qui est le sien. Car ce n’est pas l’aphorisme à proprement parler qui est ici déterminant, mais l’intention de donner une totalité dans de très petits écrits. Un trait qui s’imprima également dans son écriture, formée par une tendance extrême à la petitesse, sans qu’elle renonçât pour autant, dans ces minuscules tracés, à l’acuité et à la précision les plus fines. Il nourrissait l’ambition, jamais atteinte, de loger cent lignes sur une page de lettre normale et , en août 1927, il me traîna au musée de Cluny, à Paris, pour me montrer avec un enthousiasme sans bornes, dans une collection d’objets rituels juifs exposée là, deux grains de blé sur lesquels une âme parente avait casé le Schema Israël en entier.  [tr. de l'allemand de Philippe Ivernel]

Ho una teoria: la costrizione è fertile all’espressione. Obbliga ad un esercizio di sintesi e concetrazione che può aprire il cammino dell’eccellenza, la via verso la perfezione. La mia tesi (non così originale) è supportata – attraverso un’inversione forzata del suo pensiero – da Walter Benjamin. Ecco perché Walter Benjamin avrebbe apprezzato (forse) Twitter, forma moderna di concentrazione del pensiero, dell’espressione e del linguaggio in 140 caratteri (attraverso la testimonianza di Gershom Scholem).

Tutto ciò che era piccolo esercitava su di lui la più grande attrazione. Uno dei suoi impulsi più forti consisteva nell’esprimere o nello scoprire la perfezione nel piccolo e nel minuscolo. Degli autori come J. P. Hebel oppure il narratore ebraico S. J. Agnon, che raggiungevano la perfezione in storie dal formato estremamente ridotto, potevano costantemente stupirlo. Che il grande si schiuda nel piccolo, che « il buon Dio stia nel dettaglio », come usava dire Aby Warburg, costituivano per lui, sotto diversi aspetti, delle idee fondamentali. Questa disposizione conferisce al suo libro Senso unico il particolare accento che gli è proprio. Poiché non è l’aforisma nello specifico che è qui determinante ma l’intenzione del conferire una totalità a degli scritti molto piccoli. Un tratto che si impresse ugualmente nella sua scrittura, formata da una tendenza estrema alla piccolezza senza che essa rinunciasse, in quei minuscoli tratti, alla più fine acutezza e precisione. Egli nutriva l’ambizione, mai realizzata, di collocare cento linee nel foglio di una lettera e, nell’agosto del 1927, mi trascinò al museo di Cluny, a Parigi, per mostrami con un entusiasmo senza limiti, in una collezione di oggetti rituali ebrei quivi esposta, due chicchi di grano sui quali un’anima affine aveva inserito per intero lo Schemà Israel[tr. dal francese della sottoscritta]

Gershom Scholem, Walter Benjamin in « Walter Benjamin et son ange » [1983] éd. fr. 1995

Mona Hatoum chez Chantal Crousel

hatoum_crousel_4

hatoum_crousel_2

hatoum_crousel_5

hatoum_crousel_3

hatoum_crousel_1

Les œuvres récentes de Mona Hatoum, présentées en 2008 à la Fondation Khalid Shoman à Amman et l’été dernier à la Fondazione Querini Stampalia de Venise, sont exposées à la galerie Chantal Crousel. Un travail sur ses racines culturelles, une réflexion sur des objets et des lieux symboliques de la culture musulmane, objets quotidiens et lieux sacrés. La réflexion se fonde sur le détournement de la perception de ces objets et ces lieux. Elle fonctionne par contraste, jaillissant du heurtement provoqué par l’artiste entre l’idée commune de l’objet – née de l’expérience quotidienne, de la connaissance dérivée de la tradition, de la sphère spirituelle – et la déformation qu’elle lui impose en le façonnant, à travers l’altération de la taille ou l’utilisation de matériaux porteurs d’un message souvent provocateur. Worry Beads représente un rosaire musulman monumentale en bronze où chaque grain est composé par des boulets de canon : la préciosité de l’objet, sa fonctionnalité spirituelle sont en contraste ouvert avec le message meurtrier, la lourdeur physique des boulets. Impénétrable, un cube de fils barbelés suspendu, renvoie à l’image de la Kaaba de La Mecque, un espace sacré dont l’apparence légère, aérienne se heurte à la menace des fils barbelés qui la compose. Réflexion sur les contrastes inconciliables de la culture, l’artiste fait monter à la surface les contradictions, elle les rend visibles, donnant une image patente de la nature schizophrénique de la culture, où des pulsions de signe opposé, seulement en apparence inconciliables, cohabitent. « Tout document de culture est aussi un document de barbarie » écrivait Walter Benjamin (Sur le concept d’histoire). Mona Hatoum nous en livre l’image.

Le opere recenti di Mona Hatoum, presentate nel 2008 alla Fondazione Khalid Shoman ad Amman e l’estate scorsa alla Fondazione Querini Stampalia a Venezia, sono esposte alla galleria Chantal Crousel. Un lavoro sulle proprie radici culturali, una riflessione su degli oggetti e dei luoghi simbolici della cultura musulmana. La riflessione si fonda sul dirottamento della percezione di quegli oggetti e di quei luoghi. Funziona per contrasto, sorgendo dallo scontro provocato dall’artista tra l’idea comune dell’oggetto – nata dall’esperienza quotidiana, dalla conoscenza che deriva dalla tradizione, dalla sfera spirituale – e la deformazione che ella gli impone modellandolo, attraverso l’alteramento della taglia o l’utilizzo di materiali portatori di un messaggio spesso provocatorio. Worry Beads rappresenta un rosario musulmano monumentale di bronzo in cui ogni grano è composto da delle palle di cannone: la preziosità dell’oggetto, la sua funzionalità spirituale sono in contrasto aperto con il messaggio di morte, la pesantezza fisica dei proiettili. Impenetrabile, un cubo di filo spinato sospeso, richiama alla mente l’immagine della Kaaba de La Mecca, uno spazio sacro la cui apparenza leggera, aerea si scontra con la minaccia del filo spinato che la compone. Riflessione sui contrasti inconciliabili della cultura, l’artista fa risalire in superficie le contraddizioni, le rende visibili, palpabili, dando un’immagine patente della natura schizofrenica della cultura, dove delle pulsioni di segno opposto, solo in apparenza inconciliabili, convivono. “Ogni documento di cultura è un documento di barbarie” scriveva Walter Benjamin (Sul concetto di storia). Mona Hatoum ci consegna l’immagine.

Impénétrable, 2009, acier vernis noir, fil de pêche 300 x 300 x 300 cm ; Worry Beads, 2009 bronze patiné, acier doux, dimensions variables ; A Bigger Splash, 2009 verre de Murano, 6 éléments, dimensions variables

Mona Hatoum, Galerie Chantal Crousel 10 rue Charlot, Paris 3ème du 13 mars au 24 avril 2010

éPHéMères

passagedugrandcerf

ÉPHÉMÈRE
F. M. R.
(folie-mort-rêverie)
Les faits, m’errent
LES FAIX, MÈRES
Fernande aime Robert
pour la vie !
ÉPHÈMÈRe
ÉPHÉMÈRES

Louis Aragon, Le paysan de Paris, 1926

« Car c’est aujourd’hui seulement que la pioche les menace, qu’ils (les passages) sont effectivement devenus les sanctuaires d’un culte de l’éphémère, qu’ils sont devenus le paysage fantomatique des plaisirs et des professions maudites, incompréhensibles hier et que demain ne connaîtra jamais. » (Louis Aragon, Le paysan de Paris, 1926 cité par Walter Benjamin dans Le livre des passages).

Royaume de la flâneuse, les passages. La rue sensuelle du commerce, construite exclusivement afin de réveiller le désir (Walter Benjamin). Un lieu qui exerce sur moi une fascination particulière. Mélange de rêverie, signe, mémoire du Paris du XIXe siècle, la capitale déchue, lieu de l’ambigu et de la surprise. Très Dada, les passages. Le surréalisme est né dans un passage. Sur une chose Aragon se trompait, l’éphémère n’est pas disparu et est devenu le signe même, le culte de notre époque. Les passages qui ont survécu restent les sanctuaires de l’éphémère. Au Passage du Grand Cerf, le passage est devenu berceau et vitrine du design et de la communication, l’éphémère par excellence, création immaterielle au pouvoir.

Regno della flâneuse, i passages. Strada sensuale del commercio, fatta solo per risvegliare il desiderio (Walter Benjamin). Un luogo che esercita su di me un fascino particolare. Un misto di rêverie, di segno, memoria della Parigi del XIX secolo, la capitale caduta, luogo dell’ambiguo e della sorpresa. Molto Dada, i passages. Il surrealismo è nato in un passage. Su di una cosa Aragon si sbagliava, l’effimero non è scomparso ed è diventato il segno stesso, il culto della nostra epoca. Ed i passages che sono sopravvissuti continuano ad essere i santuari dell’effimero. Al Passage du Grand Cerf, il passage è diventato culla e vetrina del design e della comunicazione, l’effimero per eccellenza, creazione immateriale al potere.

[I passages di Parigi sono dei "corridoi ricoperti di vetro e dalle pareti rivestite di marmo, che attraversano interi caseggiati, i cui proprietari si sono uniti per queste speculazioni. Sui due lati di questi corridoi, che ricevono luce dall'alto, si succedono i più eleganti negozi, sicché un passage del genere è una città, un mondo in miniatura, nel quale chi ha voglia di fare acquisti può trovare tutto ciò di cui ha bisogno. Durante i rovesci di pioggia improvvisi, i passages diventano il rifugio di tutti i passanti colti di sorpresa, e consentono una passeggiata sicura, benché circoscritta, da cui traggono profitto anche i commercianti" (dalla Guida illustrata di Parigi del 1852 citata in Walter Benjamin, I "passages" di Parigi, ed. it. 2000).]

Individualisme des cheminées parisiennes

caminiindividualismo1

Sulla « filigrana dei camini » come « fata morgana » degli intérieurs: « Chi… volge lo sguardo ai tetti degli enormi blocchi grigi dei boulevard, orlati dalle inferriate… diventa edotto su tutta l’inesauribilità individualistica del concetto di « camino »: in larghezza, lunghezza e altezza, si levano, al di sopra delle canne fumarie degli alti zoccoli collettivi in muratura, i tubi finali, da quelli semplici in argilla… così spesso sghembi e mezzi rotti per l’età, fino ai camini piatti di latta e col cappello appuntito a tre piedi… e alle cuffie che girano come visiere, sfondate o aperte da una parte, munite di bizzarre e fuligginose ali di latta… È la fine ironia della forma singola… con cui Parigi ha saputo conservarsi l’incantesimo dell’intimità… Sembra che all’altezza dei tetti si ripeta… il fenomeno, così caratteristico di questa città, del convivere gli uni accanto agli altri con indifferenza ».

Walter Benjamin, I « passages » di Parigi (1982), tr. it. 2000 (op. cit. Joachim von Helmersen, Pariser Kamine, « F<rankfurter> Z<eitung> », 10, II, 1933)